COMITE DE LECTURE DES REVUES

COMITE DE LECTURE DES REVUES


Le comité de lecture existe depuis les fondements de la société. D'abord informel ou confondu avec le comité (organe dirigeant de la société), il s'est structuré au cours des années 1890, alors que les revues échangées ou les ouvrages acquis ou donnés, toujours inventoriés ou présentés en fin de bulletin SPV, devenaient pléthoriques. Le secrétaire René Ferry (1845-1924) négocie d'ailleurs en 1901 la rétrocession des collections philomates du quart de siècle passé à la bibliothèque municipale, ainsi que la donation systématique, après une année de lecture proprement dite, des revues reçues au terme de l'échange entre sociétés savantes, de manière à pérenniser notre présence active et l'hébergement de nos musées au sein de l'étage de la mairie dévolu à la bibliothèque.

Le comité de lecture se réunit régulièrement et examine les ouvrages échangés, en particulier les publications des sociétés amies, correspondantes ou pratiquant simplement l'échange de revues. Depuis les longues conséquences de la crise de 2008, et les restrictions des dépenses et de frais qui ont suivies, une quarantaine de sociétés savantes, heureusement rejointes par quelques nouvelles, s'est néanmoins maintenu dans notre petit réseau d'échanges.

Aujourd'hui, le comité de lecture se compose de Francine Joray, Magali Vincent, Pascal Picot, Claude Viry et Hervé Antoine. Mais tous les membres philomates peuvent proposer des résumés sur leurs sujets de prédilection.

Deux sections ont été recrées en 1998, elles sont arbitrairement conçues pour collecter des résumés, mais n'entérine aucunement une séparation de la culture (préoccupation des arts, englobant l'histoire, l'archéologie, l'ethnologie, les traditions...) avec les diverses sciences. En voici des exemples :

SECTION ARTS, HISTOIRE & ARCHEOLOGIE

LABRUDE Pierre, Les premiers chimistes lorrains : La chimie en Lorraine ducale aux 17e et 18e siècles, Etudes touloises, n° 137, avril-juin 2011 ; p.13-26.
La première période de recherche en chimie commence au 16e siècle, période des alchimistes. Vient le moment où le duc Henri II, durant son règne (1608-1624) charge deux d’entre eux de recherches en son château de Condé (actuellement Custines). Des alchimistes non lorrains travaillent également en Lorraine, comme Clovis Hesteau de Nuysement, auteur avec Seton et Sendivog d’un traité paru en 1620 à Paris. La deuxième période est marquée par les réactions des premiers chimistes d’origine lorraine, déterminés à faire reculer le recours systématique des alchimistes à une symbolique sclérosante : Nicolas Guibert, Christophe Cachet. Après eux, au cours du 17e siècle, ce sont surtout des apothicaires qui vont renouveler la chimie débutante : Jean Béguin, Pierre Thibaut dit Le Lorrain. A l’université de Pont-à-Mousson, le professeur de mathématiques Jean Levrechon s’adonne aussi à la chimie. Au 18e siècle, les chercheurs qui poursuivent les travaux en chimie sont des médecins attachés au Collège royal de médecine de Nancy, comme Dominique-Benoît Harmant, Robert-François Laugier, des apothicaires comme Pierre-Rémi Willemet, Pierre-François Nicolas dit Phosphore, des professeurs de l’université de Nancy, comme Nicolas Jadelot, Michel du Tennetar (l’université de Pont-à-Mousson est transférée à Nancy en 1768 et la chaire de chimie y est créée en 1776.) Mais il y a aussi des chercheurs indépendants, tel François-Alexis Credo, un avocat devenu prêtre. L’expérience la plus spectaculaire, réussie par Pierre-François Nicolas, est celle du vol d’un ballon aérostatique entre Nancy et Fontenoy en 1783.
A noter la liste des travaux de cet auteur sur le site du centre de recherche universitaire lorrain d'histoire : https://crulh.univ-lorraine.fr/content/labrude-pierre


VAXELAIRE Yann, L’Hôtel de Beauvau à Nancy : Une toiture en tuiles glaçurées, témoin d’une construction d’exception, Le Pays lorrain, vol. 98, juin 2017 ; p.117-124.
L’Hôtel de Beauvau, sis 12, rue Saint-Dizier, à l’angle de la rue Dom-Calmet à Nancy, a été le bâtiment-phare de la Ville Neuve aménagée sous le duc Charles III à la fin du XVIe siècle. Il y a eu deux phases de construction : l’une en 1592, la deuxième vers 1612. Il s’agit à l’origine de deux corps de bâtiments à haute toiture, reliés au fond par une galerie de circulation sur laquelle débouchait un escalier, ce qui laissait la place à une cour ouverte sur la rue. Dénaturé en raison de diverses modifications pour installer des boutiques, le bâtiment en U a perdu une partie de la cour lors de la construction d’un bâtiment qui l’a entièrement enclose. L’originalité de ce bâtiment réside dans la conception des charpentes et surtout dans l’utilisation de tuiles glaçurées de différentes couleurs, monochromes ou bicolores, selon des combinaisons à base de vert, jaune, ocre rouge et noir. La surface couverte représente plus de 400 m2, ce qui a nécessité environ 47000 tuiles. Cet usage, assez fréquent à la fin du Moyen âge, était exceptionnel en Lorraine au début du XVIe siècle. La faible quantité de tuiles retrouvées ne permet pas de restituer le dessin tracé par les alignements de tuiles. (CV)
Au cœur de l’Europe, aspects de la vie musicale à la cour des derniers ducs de Lorraine.
– Le Pays lorrain, vol. 98, juin 2017 ; p.139-176. Série de quatre articles de Jean-Paul Montagnier, Raphaël Tassin, Pierre Pascal et René Depoutot.
La musique a fait l’objet d’une véritable passion chez les deux derniers ducs de Lorraine. Les modèles de la messe basse, accompagnée d’un motet, et de la messe solennelle, fondée sur le chant polyphonique, en vogue à la cour de Versailles, sont adoptés dans la cour ducale de Lorraine par Léopold, puis Stanislas. L’engouement pour la musique incite Léopold à faire construire à Nancy un théâtre de prestige dont la conception est confiée à un membre de la célèbre famille d’architectes-scénographes italiens, les Galli dit Bibiena (mais on ne conserve que des dessins de ce théâtre terminé en 1709 et détruit dès 1747.) La musique instrumentale jouée à la cour sous le règne de Stanislas, elle est caractérisée par l’éclectisme, empruntée autant aux œuvres anciennes qu’aux œuvres contemporaines. En ville, la musique de divertissement est le produit du croisement des influences françaises, italiennes et germaniques.(CV)

LICHTER Clemens, “Ehrenwerte Fremdlinge, Ausserbadische Funde der Badischen Altertümersammlung in Karlsruhe“, Archäologische Nachrichten aus Baden, Heft 94, 2018, p 12-27.
L’article décrit les artefacts étrangers de valeur du musée archéologique badois de Karlsruhe. Mais la présente note concerne spécifiquement les 27 exemplaires répertoriés du trésor de Lamballe et abordés à la page 17. Ce trésor de la fin de l’âge du Bronze et du début de l’âge du fer découvert à Lamballe - située selon l’auteur en Normandie - au 19e siècle devait se composer de douzaines de hache à douille de type armoricain. Comme la situation du fond et de plus amples informations n’ont pas été transmises, il pourrait s’agir de deux trésors différents, l’une d’une soixantaine, l’autre d’une vingtaine de haches. De nombreuses haches à douille de ces trouvailles se trouvaient autrefois dans la collection du préhistorien français Mortillet (1821-1998), qui les avait acquises vers 1864/65 (MORTILLET, 1868). Une partie de sa collection, dont aussi sept haches du trésor de Lamballe, ont été achetées dans la décennie 1870 par le Peabody Museum de Cambridge (Massachussets). Deux autres exemplaires avec indication de provenance de Lamballe sont présentées par le musée de Nérac (MOHEN/COFFYN 1968, 751-753 et figure 2, 4, 6). Les pièces sont indiquées dans l’inventaire comme un don de Mortillet. D’autres pièces ont regagné Nancy (1 exemplaire), la collection Desor à La Neuveville en Suisse (3 exemplaires), ainsi que différents particuliers (Thioly) à Genève (8 exemplaires) (AUDOUZE/GAUCHER, 1978, 424). Un exemplaire avec mention d’origine de Lamballe figure le 10 février 1891 comme cadeau du docteur G.A. Müller sous le numéro d’inventaire C6135 dans la collection archéologique. La figure 6 montre cette hache en bronze de type Tréhou (9e-7e siècle avant JC). Lamballe, aujourd’hui Lamballe-Armor, est bien une ville de Bretagne. Cette découverte dans les Côtes-du-Nord, nom ancien du département de Côtes-d’Armor, fait partie de la petite centaine de dépôts connus de haches à douille, en particulier celui de La Ruais-Plurien (JCF)

ROLLAND Pauline, La matière et le message : Albert France-Lanord et la restauration des métaux archéologiques, Le Pays lorrain, vol. 99, décembre 2018, pp. 383-392.
Albert France-Lanord est connu pour avoir travaillé pendant quarante ans au Laboratoire d’Archéologie des métaux situé dans le Musée du Fer de Jarville-la-Malgrange, près de Nancy. Il a fait figure de pionnier en France. Trois principes directeurs ont orienté son travail de restauration d’objets archéologiques en métal, selon la méthode exposée pour la première fois par le spécialiste italien Cesare Brandi, auteur d’une Teoria del Restauro en 1963 :
- restitution de la forme originelle qui doit être sauvegardée, sous la croûte due à la corrosion, grâce à un décapage minutieux et prudent ;
- lisibilité des réparations, ce qui permet de distinguer ce qui relève de l’objet originel de l’apport moderne pour consolider, obturer les manques et réparer les ruptures ;
- réversibilité des interventions, ce qui permet d’annuler certaines opérations au profit de nouvelles techniques plus sûres et moins invasives.
Toutes les restaurations effectuées à Jarville à l’époque de France-Lanord ne sont pas exemptes de reproches partiels de la part des spécialistes d’aujourd’hui, mais c’est le sort de toute restauration, toujours susceptible de recevoir des traitements nouveaux en fonction du progrès des techniques. (C.V)

PETER Daniel, Dimanche et jours de fêtes : le temps des interdits… (XVIe-XVIIIe siècles), Pays d’Alsace, Cahier varia n° 269, IV-2019, pp. 8-22.
Les fêtes font partie de la vie quotidienne dès le Moyen âge et sont pratiquées par les habitants des villes et villages d’Alsace. Mais les autorités religieuses et politiques montrent une forte méfiance vis-à-vis des fêtes, sources, selon elles, de débauche et de violences. Même les humanistes, comme Geiler de Kaysersberg ou Sebastian Brant, réprouvent les chansons légères et les danses comme contraire aux bonnes mœurs. Quant aux dimanches, ils doivent être strictement respectés par tous : aucun travail effectué le dimanche, sauf autorisation spéciale (par exemple, en cas de contraintes météorologiques pour les paysans au moment des moissons ou de la fenaison) ; assistance à la messe obligatoire sous peine d’amende et même d’excommunion temporaire.. Le conseil religieux (Geistliche Rat) sévit. De nombreuses ordonnances répriment les comportements déviants (Kirchenordnungen). A plus forte raison, dans les milieux protestants, l’austérité est de rigueur. Cependant, au XVIIIe siècle, les autorités semblent plus indulgentes tandis que les habitants se plaignent du trop grand nombre de fêtes qui les empêchent de mener à bien leurs affaires. (C.V)

SECTION SCIENCES DE LA NATURE


HOSTETTMANN, Kurt, De l'apport de la médecine traditionnelle africaine au développement de médicaments modernes, Actes de la Société Jurassienne d'Emulation, cent-troisième année, Année 2000, pp 27-42.
Kurt Hostettmann, professeur de pharmacognosie et phytochimie à l'Université de Lausanne a donné cette conférence à l'aula du collège de Délémont, le 19 mars 2000. Beaucoup d'habitants des pays au sud du Sahara ont encore recours aux guérisseurs traditionnels pour leur soins de santé. Ils ne peuvent bénéficier de la thérapeutique officielle à cause, notamment, de l'insuffisance des réseaux de santé publique et du coût élévé des médicaments importés des pays industrialisés. Les guérisseurs, appelés à présent tradipraticiens, utilisent largement les ressources naturelles (végétales, animales et minérales) pour soigner toutes sortes d'affections. Parmi ces ressources, ce sont les plantes qui jouent un rôle primordial dans les pharmacopées africaines traditionnelles. Depuis les temps les plus reculés de leur histoire, les Africains ont appris à identifier un grand nombre d'espèces végétales sauvages présentant des vertus médicinales et autres propriétés : toxiques, alimentaires, fourragères, tinctoriales, aromatiques, etc. En ce qui concerne plus spécialement les connaissances acquises sur les plantes médicinales des forêts et savanes africaines, celles-ci n'ont pas fait l'objet de documents écrits, mais ont été transmises oralement de génération en génération. Petit à petit, elles sont devenues l'apanage du tradipraticien dont la compétence pour dispenser des soins de santé est reconnue par la collectivité dans laquelle il vit. L'importance du savoir des tradipraticiens a été longtemps méconnue par la médecine et la pharmacie modernes. Ce n'est que dans la deuxième moitié du vingtième siècle, à la suite surtout du "premier symposium interafricain sur les pharmacopées traditionnelles et les plantes médicinales africaines" (1), que les laboratoires et instituts spécialisés se sont intéressés à ce savoir représentant pour eux une nouvelle source de découvertes pour la phytothérapie et la phytochimie. Plusieurs espèces de plantes médicinales africaines sont actuellement utilisées par de grands laboratoires pharmaceutiques pour la fabrication de médicaments, ainsi que pour l'herboristerie. Parmi ces espèces, on peut citer les Strophantus officinaux à glucosides cardiotoniques (S. kombe, S. gratus et S. hispidus), le prunier d'Afrique (Pygeum africanum) contre l'hyperphasie bénigne de la prostate, le Yohimbéhé (Pausingstalia johimbé 2) contre la dysfonction érectile masculine, le kinkéliba (Combretum micranthum) contre les affections du foie et la fièvre bilieuse hématurique, le séoulou (Holarrhéna floribunda) contre la dysenterie amibienne, la pervenche de Madagascar (Catharanthus roseus) utilisée dans la chimiothérapie de certains cancers, l'oseille de Guinée ou bissab, ou encore karkadé (Hibiscus sabdariffa) dont les sépales charnus, de couleur rouge-brun, servent à préparer une infusion appelée "thé rose" (3), la griffe du diable (Harpagophytum procumbeus) contre les douleurs rhumatismales. Un très grand nombre d'espèces de plantes médicinales des pharmacopées africaines traditionnelles ont été étudiées jusqu'à présent en vue de découvrir de nouveaux médicaments. Il va sans dire que les pays africains dans lesquels poussent les plantes-matières premières nécessaires aux industries pharmaceutiques devront veiller à exploiter rationnellement cette ressource naturelle renouvelable non négligeable pour le renforcement des économies nationales, et par conséquent, pour le bien-être des populations.
1 Ce symposium, organisé par le conseil scientifique de l'O.U.A. s'est tenu à Dakar, du 25 au 29 mars 1968.
2 La graphie correcte de l'épithète spécifique est johimbe et non Yohimbe.
3 La figure 4 ne représente pas Hibiscus sabdariffa qui a des pétales jaunes, mais Hibiscus rosa sinensis qui est une plante ornementale.


LARCHEVÊQUE Marc, Terres réfractaires, 2° édition, Imprimerie G et M. Marin, Vierzon, 1921. 76 pages. [Collection René Revert]
Réédition d’un ouvrage sur l’art céramique d’un fabricant de porcelaine de Vierzon. Informé et fort inquiet du développement et de l’avance technologique allemande, l’auteur qui a eu connaissance des travaux français qui sont restés confidentiels procède à un état du savoir. Il affirme que chaque usine ayant besoin de ces connaissance les a découvert par la pratique ou la débrouillardise, alors que ce savoir était déjà outre-rhin intégré dans un corpus d’ingénierie structuré. Cette synthèse présente un succinct panorama du savoir céramique du début du siècle, tel qu’il pouvait être utile à un homme de métier ou à un chercheur. La clarté de ce court exposé en français suscita une forte demande internationale.

Christian PAUTROT, Formations superficielles en Lorraine, Mémoires de l’Académie nationale des Sciences, Arts et Lettres de Metz, CXCIIe année, série VII, Tome XXIV, 2011, pp 65-77.
L’auteur géologue émérite, auteur d’un ouvrage Fossiles et roches lorraines, parue en 2011 aux éditions Serpenoise, aborde succinctement les couches superficielles avec une approche succincte, mais didactique suivant leurs origines. Un bref historique de la discipline et un développement sur les alluvions de la Moselle complète cette introduction aux sols, concrétionnements, dépôts (péri)glaciaires comme la grouine si importants pour de multiples disciplines scientifiques.(HA)