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Adeline Choserot

Résumé du Mémoire de Master

La femme en Lorraine.

Les différents types de femmes selon la Chronique et les Cent Nouvelles nouvelles de Philippe de Vigneulles.

 Philippe de Vigneulles (1471-1527)[1] est un chroniqueur messin qui apparaît comme le témoin de son temps. Il tente de peindre le monde tel qu’il le voit, sans oublier les femmes. Les deux œuvres, la Chronique[2] et les Cent Nouvelles nouvelles[3]ont une affinité marquée. Dans l’ouvrage historique de la Chronique, Philippe de Vigneulles offre en effet une série d’histoires de thèmes semblables[4] à ceux des Cent Nouvelles nouvelles[5], mais de nature différente, plus dure, plus cruelle. Les Cent Nouvelles nouvelles sont une parodie de la vie ardue de l’époque décrite dans la Chronique. L’œuvre de cet auteur messin est à ce titre essentielle parce qu’elle allie les deux genres, que sont la chronique et les nouvelles.

 Comment Philippe de Vigneulles, à travers le burlesque des Cent Nouvelles nouvelles et l’aspect historique de la Chronique, représente-t-il différents types de femmes ?

             Les deux ouvrages sont très intéressants et très importants dans la mesure où Philippe de Vigneulles décrit plusieurs types de femmes. Etant donné que sa Chronique privilégie l’exceptionnel, se sont des femmes exceptionnelles qui se démarquent de l’œuvre. Saintes ou sorcières, l’auteur hésite encore à se tourner vers l’un ou l’autre type de femmes : certaines sont de véritables modèles que l’auteur préconise de suivre, d’autres se contentent de survivre comme elles le peuvent en ayant recours à la magie par exemple. Il révèle au grand jour l’histoire de sainte Glossinde, qui est une sainte messine dont l’histoire est peu connue aujourd’hui. Pourtant, les contemporains de Philippe de Vigneulles vénéraient cette sainte femme. Cette vie tracée par l’écrivain est une véritable source d’informations pour les historiens. A travers la Chronique se démarque également quelques femmes ayant eu un rôle politique non négligeable. Ces femmes sont parfois trop ambitieuses et dans ce cas elles ne servent que leurs propres intérêts. Elles ne montrent pas le bon exemple. Mais elles peuvent aussi émettre de sages conseils que les rois ou princes ont intérêt à entendre, s’ils souhaitent bien gouverner. L’auteur consacre un certain nombre de paragraphes aux entrées dans les cités. Ce thème est encore peu étudié de nos jours, surtout lorsqu’il s’agit des entrées féminines. Or, Philippe de Vigneulles évoque les entrées des duchesses à Metz ou encore à Pont-à-Mousson : il décrit minutieusement ces entrées qui se déroulent en suivant manifestement un rituel précis. Une femme a également sa place dans la Chronique : il s’agit de Jeanne d’Arc. Comme beaucoup de chroniqueurs, elle a intrigué Philippe de Vigneulles, à tel point qu’il lui consacre un nombre relativement important de pages. C’est une héroïne lorraine qu’il tente de mettre en valeur. Le point de vue du Messin est intéressant, notamment parce qu’il considère la Lorraine comme un ennemi. Or, ce jugement ne porte pas atteinte aux louanges de cette remarquable femme. Enfin, l’auteur sort de l’ombre les marginales que sont les femmes divorcées, les prostituées ou encore les femmes entretenues. Il donne l’exemple local d’une femme messine entretenue : l’histoire de Sibylle[6] fait réagir toute une ville.

             En règle générale, le conteur des Cent Nouvelles nouvelles ne prend pas la peine de tirer la morale des histoires qu’il rédige. Et quand il le fait, sa sagesse est celle des proverbes. Ces contes avaient pour but de distraire, et non d’instruire. La femme est bien mal traitée sous la plume de Philippe de Vigneulles, mais elle se place au centre de cette comédie humaine. Le trait qui ressort le plus est celui de la naïveté : les femmes sont beaucoup trop crédules, et cette crédulité leur joue de mauvais tours. Sans homme pour les surveiller, elles seraient incapables de se débrouiller. Toutefois, certaines d’entre elles sont réellement très rusées et volontaires : lorsqu’elles veulent quelque chose, elles mettent tout en œuvre pour l’obtenir. Enfin, Philippe de Vigneulles, de façon assez exceptionnelle, rappelle tout de même que les femmes peuvent parfois se montrer loyales et amoureuses : sur ce point, elles valent mieux que les hommes, qui sont toujours plus tentés par le sexe que par les sentiments. Pourtant, selon les Cent Nouvelles nouvelles, les femmes sont d’éternelles infidèles qu’il faudrait éduquer, ou au moins surveiller.

            Certains types de femmes sont communs aux deux œuvres. Il s’agit notamment de la femme mariée, qui tient une grande place au sein de ces deux ouvrages. La femme se définit donc en tant qu’épouse, puis en tant  que mère. Philippe de Vigneulles ne peut s’empêcher de rapporter les nombreuses infidélités féminines : qu’elles soient aristocrates ou paysannes, les femmes ne résistent pas aux charmes des hommes, bien que cette attitude condamnable engendre parfois d’importants problèmes. Enfin, la femme est aussi une victime des nombreuses violences exercées par les hommes voire par la société elle-même. Les lois les protégeant sont trop peu nombreuses voire inexistantes, et la femme lutte dans un monde où le quotidien n’est pas toujours facile à affronter.

             La confrontation des deux œuvres offre un palmarès de différents types de femmes. Philippe de Vigneulles, en décrivant ces femmes sous deux aspects, celui du burlesque et celui de la réalité historique, apporte à l’historien un véritable trésor d’informations : l’auteur révèle sa propre vision des choses, et cette vision n’est certainement pas très éloignée de la pensée de l’époque. Il hésite sans cesse entre les différents types de femmes qu’il propose : l’auteur montre toujours deux aspects opposés des femmes qu’il décrit, qu’elles soient saintes ou maléfiques, loyales ou infidèles, ambitieuses ou sages, fortes ou faibles. Philippe lègue donc, inconsciemment ou non, un témoignage sur ce qu’était une femme au Moyen Age, sur la manière dont elle était perçue par les contemporains.

 Mémoire de Master dirigé par Laurence Buchholzer, soutenu le 2 juin 2008 devant Benoît Tock et Georges Bischoff au Palais Universitaire de Strasbourg.

 Choserot Adeline

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[1] Biographie de Philippe de Vigneulles en introduction du mémoire, p. 4.

[2] Philippe de Vigneulles, La Chronique de Philippe de Vigneulles, éd. C. Bruneau, 4 vol., Société d’histoire et d’archéologie de Lorraine, 1927-1933.

[3] Philippe de Vigneulles, Les Cent Nouvelles nouvelles, éd. C.H. Livingston, 1972.

[4] Tableau récapitulatif des thèmes communs aux deux œuvres dans le mémoire p. 154.

[5] Résumé des nouvelles concernant les femmes en annexe du mémoire p. 143.

[6] Histoire de Sibylle rapportée en annexe dans le mémoire p. 155.

 

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