19-06-2022

08-11-2020

Actualité

03-06-2022

Vous avez dit nuisible ?


Le 1er février 1917, le préfet des Vosges Linarès ne fait pas dans la dentelle, il prend un arrêté d’« empoisonnement général des renards » sur tout le département. Il se réfère à l’arrêté du 19 Pluviôse an V (7 février 1797) relatif à la chasse des animaux nuisibles : « [...] concernent la destruction des loups et autres animaux voraces ; l’arrêté du 28 vendémiaire dernier, relatif à la prohibition de chasser dans les forêts nationales, continuera d’être exécuté. Néanmoins, il sera fait dans les forêts nationales et dans les campagnes, tous les trois mois, et plus souvent s’il est nécessaire, des chasses et battues générales ou particulières, aux loups, renards, blaireaux et autres animaux nuisibles ».

Le texte est clair, la chasse est interdite, sauf aux nuisibles qui sont désignés comme  les « animaux voraces » qui entrent en concurrence avec l’humain.

Depuis 225 ans notre société a changé, mais notre conception du nuisible a-t-elle évolué ? Dans les mots certainement, on n’oserait plus parler d’« empoisonnement général »  mais de régulation des populations ! L’État a abandonné le terme de « nuisible » pour la périphrase : « espèce susceptible d’occasionner des dégâts », qui s’abrège en ESOD et qui de cette façon gomme toute évocation de destruction-éradication.

Sur son site la fédération de chasse des Vosges ne s’encombre pas de ces nuances[1] : « modalités de destruction des espèces du groupe 2 occasionnant des dégâts (« nuisibles ») classées dans le département des Vosges pour la période allant du 1er juillet 2019 au 30 juin 2022, les espèces suivantes : 1) Le renard, 2) La fouine (uniquement à moins de 250 mètres d’un bâtiment, d’un élevage ou d’enclos de pré-lâchers de gibier) 3) Le corbeau freux, 4) La corneille noire. Ces quatre espèces peuvent donc être détruites et piégées dans le département des Vosges, dans les conditions précises (périodes et modalités de destruction) strictement décrites par cet arrêté ministériel du 6 juillet 2019 relatif aux espèces indigènes du groupe 2. Comme vous pouvez le voir, malgré les multiples attaques et pressions de nos opposants, nous avons réussi à maintenir le classement de la liste précédente, sans en perdre mais sans en gagner davantage non plus. Il s’agit là d’une bataille remportée pour les trois prochaines années, mais les futurs combats reviendront bientôt sur la table ministérielle, à nous de nous y préparer en amont ! Ce résultat positif pour le monde de la chasse et du piégeage vosgien est tout de même à retenir et est notamment dû à votre participation et votre implication dans le recueil et la transmission d’informations (captures, dommages) relatives à ces espèces tous les jours de l’année et nous vous en remercions vivement. C’est pourquoi nous vous rappelons que les efforts de récolte des données (capture et déclarations de dommages) doivent être constamment maintenus afin de contribuer à la préparation des futurs dossiers à venir. En effet, c’est notamment en démontrant son impact significatif sur les activités agricoles et autres formes de dégradation, via l’apport de fiches de déclaration de dommages nuisibles, que nous avions pu récupérer la fouine en 2015 et la maintenir pour cette nouvelle période ! ».

L’appel est lancé aux chasseurs et aux piégeurs ; constituez le plus de dossiers possibles pour garder, voir étendre cette liste de nuisibles[2] ! L’affaire est importante car l’arrêté ministériel se termine au 30 juin 2022 et une nouvelle décision est en cours, les mots bataille, combat, attaque, pression, de la fédération de chasse des Vosges ne sont pas porteurs d’espoir de voir un jour un dialogue constructif et apaisé. Il en est de même pour toutes les espèces « voraces » dans toute la France. Cette notion de nuisible « voraces » de 1797 doit évoluer en accord avec une approche globale d’équilibre des écosystèmes.

On a longtemps accusé le renard de propager la rage, pourtant en 2001 ce n’est pas son éradication mais sa vaccination qui fait disparaitre cette maladie en France. La rage disparue, le renard est alors accusé de propager l’échinococcose alvéolaire...

Des chercheurs ont constaté que les renards sont indispensables pour lutter contre la propagation de la maladie de Lyme[3]. Dans la revue néerlandaise Mens & Vogel, Tim Hofmeseeter, écologue, a présenté un rapport mené sur deux ans établissant le lien entre la présence du renard et celle de tiques d’une part et la survenance des bactéries du complexe Borrelia burgdoferi d’autre part.[4]

Il ne faut pas voir que la prédation du poulailler par le renard, en oubliant qu’il limite drastiquement le nombre de rongeurs. C’est bénéfique aux cultures et il y a moins de tiques. Il est temps de reconnaitre au goupil son rôle, dans la régulation des écosystèmes. Il est temps de reconsidérer cette notion de nuisible qui ne peut plus se définir uniquement par : « en compétition avec l’humain ».

« Rien n’est utile ou nuisible, tout est nécessaire » Jean-François Noblet, zoologiste.
                                                                                                                                             T.C.

Pour en savoir plus :

Conférences :

Samedi 25 juin 2022 à 15h, Salle des fêtes de la mairie de Corcieux, « Les dernières loutres des Vosges » par Jean-Claude Fombaron.

Mardi 28 juin 2022 à 20h30, à l’amphithéâtre de la Faculté de droit d’Épinal
« Le loup dans les Vosges, chronique d’une extermination planifiée du 18e siècle au 20e siècle » par Jean-Claude Fombaron.

Voir nos publications :

« Des bêtes & des hommes » Mémoire des Vosges n°20 : https://www.philomatique-vosgienne.org/uploads/bons-de-commande/20.pdf

Du doryphore au lynx. Introductions et réintroductions animales en France. Lefranc Norbert, 62 p., 1985 : https://www.philomatique-vosgienne.org/uploads/autrepublication/lynx.pdf

 



[1] http://www.federationchasseur88.fr/PBCPPlayer.asp?ID=1968750

[2] Il existe aussi les espèces du groupe 1 qui ne concerne pas seulement les Vosges mais tout le territoire français, ce sont : le vison d’Amérique, le raton-laveur, le chien viverrin, le ragondin, le rat musqué et la bernache du Canada.

[3] https://www.pnas.org/doi/abs/10.1073/pnas.1204536109

[4] https://www.hofmeester-natuur.nl/