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03-06-2020

L’annonce de la capitulation de l’Allemagne à Saint-Dié, 7 et 8 mai 1945


 
La récente crise sanitaire a perturbé tous les calendriers. Les manifestations liées au 75e anniversaire de la victoire sur le nazisme ont été mises sous le boisseau. La Philo revient sur l’impact de l’annonce de la fin du second conflit mondial dans une ville aux ruines encore debout et encore sans nouvelles de beaucoup de ses enfants.
Le lundi 7 mai, les Déodatiens commentent les résultats des élections municipales. La liste unique présentée sous le label « Résistance » et regroupant des personnalités de droite et de gauche est élue, sans surprise. À Épinal, il faudra un second tour, quatre listes s’étant présentées. À midi, des bruits commencent à circuler sur une capitulation de l’Allemagne. À 16 heures 30, la sirène installée sur la mairie provisoire de la rue d’Alsace par des ouvriers-électriciens retentit longuement. Aussitôt, les usines se vident, les drapeaux alliés sont arborés aux bâtiments intacts. Un Déodatien témoigne : « Les rues se peuplent d’une foule bruyante ; des jeunes gens organisent un cortège en tête duquel marche, costumée en Marianne et portant un drapeau tricolore la fille des époux Jacquot (Noëlle, NdlR). On me fait remarquer que la gaîté est moindre que lors de l’armistice du 11 novembre 1918. Cela se comprend, car il y a trop de deuils et de tristesse dans notre ville en partie détruite. Et puis, on est inquiet sur le sort de nombreux prisonniers et déportés… »
Au soir, des bals spontanés s’organisent, sans débordements notables. Le mardi 8 mai, par une journée ensoleillée, les cérémonies officielles se déroulent devant le socle meurtri du monument aux morts. Clairons et tambours des sapeurs-pompiers pallient l’absence de musique municipale et de clique militaire. Le conseil municipal, son maire, Gaston Colnat, le député Marc Rucart mènent le cortège, après les discours et dépôts de gerbe, jusqu’à la place Jules ferry. Scouts, éclaireurs, groupements sportifs, société de gymnastique, enfants des écoles, élus, sont précédés par la jeune « Marianne » Jacquot portant son drapeau tricolore, encadrée de deux pompiers gantés de blanc. Au terme d’une station devant la statue intacte de Jules Ferry, entourée des ruines de la place, les jeunes reviennent ensuite place Saint-Martin pour fêter l’évènement de manière moins officielle. Toutefois, note un témoin : « Dans notre ville détruite, les cérémonies de la Victoire ne peuvent revêtir ni grande ampleur, ni grand éclat… ».

JCF.

Illustration : Le cortège du 8 mai 1945 à l’angle de la rue Thiers et du quai Pastourelle – (Collection privée)