Actualité

03-02-2020

La Roche des Fées


Les Fées

            Les roches des fées sont nombreuses dans la région[i], il s'agit le plus souvent de fées marraines et protectrices dont les palais cachés sous ces roches accueillent les bébés des environs. C'est le cas dans l'Ormont[ii]. Mais à d'autres endroits ce sont de méchantes fées comme au-dessus des Rouges Eaux[iii].

            La fracture, entre ces deux visions de la bonne fée et de la méchante fée, se produit lors de la christianisation de la vallée de la Meurthe au 7e siècle. le phénomène ira en s'amplifiant au cours des siècles, jusqu'à attendre son paroxysme à la fin du 15e siècle. Les méchantes fées se transforment en sorcières, les sabbats s’approprient ces lieux chargés de mystères et de légendes. Les procès de sorcellerie instruits par la justice déodatienne débuteront en 1482 pour se terminer en 1661.

            L'illustration ci-dessus est une double photographie de la Roche des Fées de l'Ormont[iv] qui ne présente pas au premier abord un intérêt particulier. Il faut tout de même remarquer qu'il s'agit d'une vue stéréoscopique[v]. Mais la véritable importance de ce document réside dans le texte écrit au verso. Car voici une autre version de la légende du même endroit mais il ne s'agit plus cette fois de bonnes fées : "Rocher des fées, dans la montagne d'Ormont qui domine Saint-Dié. On accuse les fées d'y venir danser au clair de lune. D'après une vielle légende les fées y gardaient des trésors. Quand saint Dié se fixa avec ses moines dans le val, ces dames disparurent mais non sans jurer de se venger. Elles encerclent de fer la montagne qui est énorme et remplie d'eau. un jour viendra ou elles feront sauter les cercles. Alors villes, villages, vallées vont disparaitre et un lac s'étendra devant Ormont..."[vi].

            Dans ce texte figurent très condensées sur quelques lignes, toutes les légendes de l'Ormont, mais totalement à l'opposé de ce qui est sempiternellement rabâché tout au long des compilations successives. Ce texte conforte la thèse des bonnes fées devenues méchantes puis sorcières. Enfin ce texte montre aux chercheurs que les sources sont multiples et parfois inattendues.

 

Pour en savoir plus sur le site voir : Nos actions, puis Recherches, Légendes-Imaginaire.

 

Biblio

Choserot Thierry, « Ormont, la montagne aux légendes », Publication de la S.P.V  [ n° 9 ], 15 mai 1999.

Choserot Thierry, Mémoire des Vosges n° 8 : « Une randonnée au sommet du massif de l’Ormont, un itinéraire entre légendes et nature », [2004], pp. 38-47.

Choserot Thierry, David Pierre Marie, Grandidier Christine, « l’Ormont, montagne de légendes et de sabbats, découvertes et redécouvertes », Mémoire des Vosges n° 15, [2007], pp. 53-55.

Choserot Thierry, De la légende à la réalité, La lettre de la Philo  n°17, Eté 2008, 13 p.

Choserot Thierry, Mémoire des Vosges n° 34 : « Imaginaire et legendes entre meurthe et mortagne

la région de la vallée des Rouges Eaux», [2017], pp. 54-63.

De Golbery Gaston, « Ormont légendes, histoire, paysages vosgiens », Ann. du Club Alpin Français, Paris, 1884.

Dosse (Général), « Légendes vosgiennes », Paris, éd. Desgrandchamps, 1929, 117 p.

Garnier Adolphe, : paysages, sites pittoresques et curiosités naturelles du département des Vosges..., Société d'émulation des Vosges,  1907, 282 p.

Gravier Gabriel, légendes des Vosges, Belfort, coll. du mouton bleu, 1985, 238 p.

administrative, 2e partie, Nancy, Peiffer, 1845 (2 volumes).

Pierrot Auguste, « les Fées », BSPV, LI [1938], pp. 3-87.

Sauvé Léopold-François, Le Folklore des Hautes-Vosges, Maisonneuve et Ch. Leclerc, 1889, 416 p.

 



[i] Gravier 1982. De Golbery 1884. Dosse, 1929. Sauvé, 1889. Garnier, 1907. Pierrot, 1938, pp. 3-87.

[ii] Choserot Thierry, 1999 ; 2004, pp. 38-47 ; 2007, pp. 53-55.

[iii] Choserot Thierry, 2017, pp. 54-63.

[iv] On devrait plutôt parler de "Pierre des Fées", Choserot, 2004, p. 40.

[v] Une image stéréoscopique est composée de deux vues dites gauche et droite, réalisée par deux capteurs optiques prenant une même scène à partir de deux points de vue légèrement distants, mais impérativement à la même hauteur et à la même distance du premier plan. Ces deux vues permettent un effet de relief.

[vi] Anonyme, 1860, collection privée.