HISTORIQUE

Après la guerre de 1870, le territoire de l’Alsace et de la Moselle est annexé à l’Empire allemand par application du traité de Francfort. Les départements des Vosges et de la Meurthe sont amputés respectivement du versant alsacien et d’une grande partie du Saulnois. Du coup, les amateurs de sciences naturelles de la montagne vosgienne sont privés des liens qui les unissent à l'Alsace, en particulier l’association philomathique d'Alsace et de Lorraine, basée à Strasbourg. Epiant le sursaut des villes de l’ancien département de la Meurthe, notamment Lunéville et Nancy, les érudits montagnards souhaitent ardemment s’émanciper de l’unique société savante du département, la Société d’Emulation des Vosges [1]. Cette société fondée à Epinal reste pourtant un modèle départemental : si elle rayonne dans la vallée de la Moselle, elle est aussi active en plaine qu’en montagne. Mais l’humiliation causée par la défaite est durement ressentie. L’occupation militaire allemande jusqu’en août 1873  suscite un puissant regain nationaliste et particulariste. La volonté de défendre la France et de promouvoir la science française au frontière de son territoire est inextricablement mêlée à un respect pointilliste de l’identité locale. Dix-huit mois plus tard, est fondée à Saint-Dié une nouvelle société savante dite Société Philomatique Vosgienne [2]. Son assemblée générale constitutive se tient à l'Hôtel de Ville le 28 février 1875. Les formalités exigées pour la création d'une telle association sont définies par la loi du 11 mai 1868, une des dernières concessions mesurées du Second Empire Français à la liberté de réunion et d’assemblée.


Les statuts de la société savante qui ont été étudiés alors en séance publique, sont approuvés par le préfet de Foucault à Epinal le 9 mars 1875. Le but est de développer le goût des choses littéraires, scientifiques et artistiques, de conserver tout ce qui se rattache à l'histoire du pays, de former un musée où pourront trouver place toutes les richesses archéologiques et naturelles de la contrée et des montagnes des Vosges.

C'est donc en ces termes que sont définies les grandes orientations de la Société ainsi que la région sur laquelle peut s'étendre ses investigations, grosso modo le nouvel arrondissement de Saint-Dié. Demeure-t-il suffisamment de flou pour que l'on puisse sans problème filer dans telle ou telle autre direction sans que cela ne pose de cas de conscience ? Dès le début de son existence, le bureau de la Société Philomatique Vosgienne s'installe provisoirement dans la salle de la Bibliothèque, et tous les deuxièmes dimanches du mois, il se réunit pour recevoir les dons et traiter de ses intérêts scientifiques et matériels. La permanence instaurée au premier étage de la mairie montre la difficulté à résister à une allégeance politique à long terme. Des liens de correspondances et d’échanges sont développés avec des personnalités et d’autres sociétés savantes. De très nombreux dons sont rapidement enregistrés ainsi qu'en témoignent les procès-verbaux successifs des séances de comité ou de bureau. Au nombre de ceux-là, une série d'ouvrages scientifiques et historiques formant cinquante-deux volumes de Monsieur le ministre de l'Instruction Publique.


Très rapidement une intense activité règne. Une forte personnalité, le président-fondateur Henri Bardy, est pharmacien et membre du conseil d’hygiène départemental. Il est entouré du docteur Stutel, du capitaine en retraite Aubry, de l'avoué Ernst, de l'inspecteur des forêts Picot, de l'ingénieur des ponts et chaussées de la Comble et du manufacturier Dietsch. Le bilan dressé lors de l'assemblée générale de 1876 fait état déjà de 176 membres.

Les premières recherches sont plutôt dirigées vers l'observation de la nature et les sciences naturelles. Un premier musée minéralogique est constitué. Mais les mises en chantier d’investigations concernant l’histoire et le folklore, la mise en valeur par les Beaux-arts et Belles-Lettres ne sont pas oubliées. Le champ de recherche et d’applications muséographiques est immense. Un bulletin annuel publie une fraction de la somme des recherches. Forte de son organisation et de son réseau d’échanges et de rencontres, la société savante intervient officiellement dans la vie publique : son expertise scientifique et patrimoniale est reconnue et demandée par les pouvoirs publics. Elle s’intéresse aux archives, lance des chantiers de fouilles, permet des réhabilitations de monuments ou de ré-aménagement de lieux remarquables en partenariat avec les autorités publiques ou militaires.

L’effort de mise en valeur du petit pays que prône la jeune société savante n’est pas unanimement apprécié. L’entreprise de reconstruction suppose un esprit d’ouverture sociale et une volonté d’accueil du plus grand nombre. Hors méfiance et repli sur soi s’imposent plus que jamais : d’abord la segmentation sociale se renforce à cause des aléas économiques et de la peur de la pauvreté galopante après 1873. En second lieu, l’esprit de clocher permet aux paroissiens propriétaires de dénigrer les réfugiés ayant optés ou non, délibérément mis à part ou chassés du lieu comme indigents forains. D’où qu’ils viennent et quels que soient leurs savoir-faire ou leurs confessions, ils sont appelés péjorativement « alsaciens » et seront rejeté aux marges sur plusieurs générations. Enfin, une hiérarchie rigide s’impose à la demande des bonnes familles et des notables : ils exigent une morale vertueuse, mais sa pratique caricaturale montre une exaltation de la répression violente et une stigmatisation de la différence. La Société Philomatique Vosgienne, qui se veut héritière de l’esprit du siècle des Lumières et des scientifiques du début du siècle, fait entendre une voix différente, à la limite bizarre et farfelue pour l’esprit borné et méfiant. Elle rassemble dès sa fondation des personnes d’horizons sociaux très différents, elle admire le savoir populaire appelé folklore, ses membres condamnent racisme et vanité élitiste, n’hésitent pas à pourfendre la pédagogie noire et le déconsidération de l’indigène miséreux qui se répand insidieusement. Quelle once de sens valable apporte la banalisation du mépris pour les réfugiés et les victimes économiques ? C’est dire si la Société est représentée par de dignes personnalités : ces derniers montrent avant tout le visage des valeurs respectables en face de l’autorité française, leur position courageuse, souvent inflexible, garantit son indépendance vis-à-vis d’éventuelles tentatives d’inféodations des politicards, qui n’hésitent pas à souffler sur les braises chaudes des haines et des divisions. Et pourtant, à cause de cette assurance, dès les premières années, les décisions de la société savante sont en vraie harmonie avec les principaux décideurs à la recherche de conseils et d’avis. Investissements et aménagements sont favorisés et contrôlés. Les résultats sont momentanément spectaculaires au plan économique, alors qu’une crise grave, d’abord industrielle dès 1873, laisse ses stigmates sur le monde agricole après 1878.

Entre 1873 et 1888, la commune de Saint-Dié double sa population et atteint 20000 habitants [3] . Le partenariat entre la Ville de Saint-Dié et la société savante qu’elle héberge se fissure dès 1880 quand Bardy quitte avec fracas le conseil d’hygiène pour manifester son opposition face à d’intolérables procédés. Des propriétaires de logements insalubres, en situation de monopole, négligent ouvertement les règles sanitaires. Les promoteurs immobiliers, espérant une demande de qualité, détruisent des pans de vieux quartiers, expulsent sans vergogne ou relogent les habitants hébétés aussi sans tenir compte des règles légales. Le secteur du bâtiment, aux conditions de travail rudes, n’arrive pas à répondre aux besoins modestes de la nouvelle population, mais ce n’est pas une raison pour donner carte blanche à une politique urbaine, arriviste et sans scrupule ! La société savante, dont les dirigeants honnêtes, à titre individuel en solidarité avec leur président-fondateur, dénoncent les abus municipaux, est petit à petit écartée, mise sur la touche. La mairie consulte désormais avec parcimonie les gens d’études, lorsqu’elle ne vilipende pas ces bourgeois de bonne famille « oisifs » qu’elle héberge si généreusement et qui se permettent de juger arbitrairement ses actions bienfaisantes [4]. Le comité autour du président Bardy s’oppose à cette discrimination sournoise, il perçoit l’isolement, mais sa crainte de sanction le pousse à surinvestir dans un pouvoir culturel tant en affichant une correction exemplaire et à remplir son carnet de relations, notamment savantes ou ministérielles. La Société a plus sûrement survécu au foudre du pouvoir municipal, grâce l’estime constante que lui portent les premiers lecteurs que sont ses membres, parmi lesquels les principaux marchands et industriels [5].

La vitalité bénévole initiale se tarit en une petite décennie, mais les philomates, par définition « ceux qui aiment la recherche ou l’enquête », explorent les pistes d’investigations tracées dès les débuts des premières sociétés savantes. La qualité des études se maintient, la constitution et la valorisation des collections muséographiques, tâches parfois lourdes et de longue haleine, se poursuivent. La Société Philomatique Vosgienne s’applique modestement à accomplir sa mission de société savante indépendante. L’équipe rassemblée autour de l’inamovible président-fondateur et du secrétariat centre ses activités autour du bulletin : il publie essentiellement des articles à teneur historique ou linguistique, plus accessibles à un large public que les notes scientifiques et les fiches de lecture d’ouvrages spécialisés. Des chercheurs fortunés publient de manière autonome le fruit de leurs enquêtes. Tant mieux ! La société avec son modeste budget se contente de publier les articles qu’elle estime valable dans son bulletin annuel, ce qui permet aussi de faire connaître des chercheurs impécunieux.

La société savante est pourtant encline à imiter les modes de valorisation archéologique ou artistiques des vieux centres urbains, au point de laisser s’enflammer l’imagination artistique de quelques auteurs [6]. Des conceptions mythiques s’étoffent : la « cité de Saint-Dié plus que millénaire » s’illustre par son collège humaniste, appelé en particulier « gymnase vosgien » au début du seizième siècle. N’est-ce pas une projection en une autre époque idéalisée, du fulgurant essor de la ville et de la tâche laborieuse entreprise par la modeste société savante ? Ne nous leurrons pas ! Les belles et grandes réalisations scientifiques peinent à voir le jour. Souvent les jeunes membres aspirent en franc-tireur à constituer des commissions indépendantes sur des thèmes de recherche ou de valorisation muséographique. Dévoilant leurs projets, ils sont priés de se fondre dans le moule mis en place par le noyau organisateur. Le bureau très conservateur sous la houlette du président Bardy résiste tout aussi farouchement à l’inféodation politique, redoutée à juste titre : les dirigeants observateurs n’ignorent point la stagnation de cette entreprise nullement pérenne et souhaite éviter un dispersement des activités. La fragilité de la structure bénévole impose la prudence ou parfois les prévisions les plus défaitistes : on s’accorde sur les modalités d’une dissolution officielle en 1893 !

Essentiel, le travail éditorial modeste se perpétue. Les chercheurs de la Société, discrets et polis, se font oubliés de leurs voisins politiques. Le comité vieillit. Une plus grande ouverture à l’histoire religieuse permet d’étoffer le bulletin et d’accueillir des contributeurs catholiques. Des auteurs marginaux sont invités. Au début du vingtième siècle, la Société Philomatique Vosgienne n’a jamais été aussi prospère ! Elle a perdu en 1909 son président-fondateur grabataire depuis de longues années. Ne gère-t-elle pas plusieurs petits musées et ses bulletins ne comportent-ils pas des articles copieux ? N’a-t-elle point acquis un prestige inégalé auprès d’un public cultivé – ses meilleurs supporters majoritairement féminins, enfantins ou adolescents – issu de familles de notables ou d’industriels ? Les vieux chercheurs dirigeants reçoivent avec surprise distinctions et récompenses honorifiques de la municipalité Duceux installée en 1912. Certains ployant sous les responsabilités voudraient bien céder leur place, mais ne trouvent pas une relève efficace. Bulletins et activités muséographiques, conférences et expositions libres d’accès attestent de l’activité et de la relative aisance financière jusqu'en 1914.

La Grande Guerre stoppe cet élan. Des causeries et des réunions restreintes ont parfois lieu, mais publications et activités muséographiques cessent. En 1918, la municipalité ne veut plus héberger ni Bibliothèque ni Société dans l’hôtel de ville qu’elle souhaite restaurer. La Bibliothèque municipale migre en automne 1918 dans des locaux provisoires de la rue d’Hellieule. Ce débarras municipal, anciens locaux du collège des jeunes filles, sert à stocker les vieux-papiers et matériel excédentaire. Les collections et archives de la Société Philomatique Vosgienne suivent le même chemin que les meubles de bibliothèque. Toutefois, les biens non aliénés des collections muséographiques qui n’ont pas été dispersées par maladresse pendant l’adaptation des salles aux exigeants temps de guerre sont entassés pêle-mêle dans des placards et mises dans les sous-sols. Les salles de la bibliothèque du 1° étage et les combles sont rénovés. La Mairie de Saint-Dié a reçu la Croix de guerre. Dans la désolante après-guerre, transformée en fébrile reprise, les édiles sont totalement indifférents au sort de la Société quadragénaire. Mais les visiteurs sont surpris du nouvel aménagement, ils regrettent la chaleureuse bibliothèque, ils demandent à voir le vieux musée ou restent consternés de l’absence de témoignage dans une ville modèle, placée en première ligne de la Grande Guerre. La mairie ne veut plus ni vieux livres ni vieilles barbes, elle songe à se doter d’une vitrine d’accueil de prestige, puis ambitionne l’installation d’un beau musée municipal. Faute de succès, elle pourra réhabiliter à la va-vite les reliques intéressantes des musées philomates, en les sortant définitivement des cagibis. Une réunion du comité est organisée en 1919 à l’appel du vieux secrétaire René Ferry. Le temps est venu de relancer les recherches ! Las, c’est pour enregistrer les décès d’anciens membres, de leurs enfants morts au combat, de leurs proches fauchés par la grippe espagnole et constater la tristesse accablante des rares membres « survivants », trop âgés « pour faire quoi que ce soit ». La désaffection de la jeunesse inaugure un funeste avenir. René Ferry s’obstine, mais il est seul à rappeler l’urgence d’œuvrer au bulletin. En 1921, les locaux d’Hellieule sont rénovés. Quelques dirigeants de la Société peuvent s’y installer et gérer les affaires courantes, s’y assurer et disposer ses archives et ses vieux bulletins. Elle est bientôt suivie par la bibliothèque municipale dirigée par Auguste Pierrot.

Il faut attendre 1924 pour assister à la vraie relance de la Société !  Elle dresse alors, dans l’émouvant bulletin décennal 1914-1924, la liste des enfants de Saint-Dié, soldats tombés au front ou victimes civiles, entre une dernière contribution linguistique du feu chanoine Hingre, sur le dialecte bressaud, et la publication, nécessitant de forts royalties accordées à la Société d’Emulation des Vosges et aux Archives départementales, du remarquable travail de Paul Boudet, jeune historien chartiste mort au champ d’honneur, sur les archives du chapitre de Saint-Dié. La Société n’ose publier la liste des membres tant elle est réduite, mais elle dispose à nouveau d’un bureau et d’un conseil d’administration.

Comment a pu renaître la société savante ? D’abord il faut narrer une rencontre dans un cimetière en 1923, puis évoquer la constitution d’un nouveau cercle de contributeurs mêlant nouveaux et anciens, aptes à diriger cette nouvelle genèse. Deux vieux messieurs en costume et chapeau noir, René Ferry né en 1845 et Marc François né en 1865 se rencontrent à l’issue d’un enterrement au cimetière de la côte Calot, rive droite à Saint-Dié. Au terme de l’évocation rituelle des souvenirs, ils s’accordent sur deux points : i) L’édition d’un bulletin annuel, vitrine de la recherche et de l’activité muséologique ainsi que l’avait exigé le président-fondateur Bardy, atteste l’existence de la Société  ii) La reprise de sa parution régulière, même modeste, démontre seulement la vraie renaissance de la société savante.

Le vieux secrétaire René Ferry, juge de paix et docteur en médecine, avait supervisé la collection d’un vaste herbier et négocié en 1901 le reversement systématique des ouvrages acquis à la bibliothèque municipale après une année. Se sachant condamné par la maladie, il a défini le contenu d’un premier bulletin d’après guerre. Inquiet pour l’avenir de la Société, il invite Marc François, propriétaire terrien et homme politique, à réaliser la résurrection associative qu’il n’a pas su mettre en œuvre. Son choix s’est porté sur un licencié ès lettres, avocat de formation, généreux animateur de la Croix Rouge et des activités humanitaires de l’arrondissement au point de s’engager en 1917 pour continuer à superviser les hospices. Marc François a contribué au travaux du comité de lecture et il a rejoint le bureau en tant que sous-secrétaire pour appuyer René Ferry. L’interpellé tergiverse : lecteur assidu et rédacteur de fiches de lecture perfectionniste, autodidacte en langues étrangères (allemand, arabe, puis anglais), il n’a jamais été auteur, il admire le savoir scientifique de René Ferry, mais il ne sent plus capable d’écrire l’équivalent de ses études, il ne s’est pas plus occupé de l’édition d’articles du bulletin hormis quelques services superficiels qu’il a rendus à la Société. Ne s’est-il pas investi si fortement dans de multiples activités publiques successives au point de négliger sa grande famille et de recevoir médailles des institutions et reproches de ses proches ? Conservateur au ton direct, bénéficiant d’une grande aura populaire, il n’est plus apprécié unanimement dans les milieux politiques beaux-parleurs où maintes personnalités revendiquent une combativité au service de la Nation, ardeur qu’il n’a jamais constatée ni sur le terrain social ni à proximité du front. Il peut choquer aussi quelques intervenants des causeries à tendance progressiste qu’il perçoit englués d’idéologie socialiste ou de démagogie socialisante. Note personnel : le maire, avec lequel il a dirigé de manière si proche la ville en temps de guerre, le préfère sur ses terres, en potiche studieuse ou en forestier bourru. Les deux adjoints responsables de la Ville de 1914 à 1918 sont redevenus rivaux, le premier magistrat se méfie des moindres actions de Marc François sur le devant de la scène politique, sociale ou culturelle. Il n’est plus responsable, mais la méfiance politique pourrait entraver ses actions au service de la Société. Peu importe les querelles de personnes, rétorque René Ferry, il faut transmettre le flambeau d’une recherche locale indépendante, former de futures responsables bénévoles et émanciper la Société en sommeil mortel de son simple rôle d’animation savante et gratuite, apprécié par la Bibliothèque municipale. Les dirigeants politiques acceptent très bien les légendes complètement erronées qui enflent partout depuis quelques années sur les terribles événements, ils se soucient comme d’une guigne de la Société Philomatique moribonde. Ils se réveilleront dès le retour de nos enquêtes, qui permettront de rectifier en partie les visions de ces temps de guerre pas si lointains. René Ferry martèle son propos. Publier pour exister collectivement ! Féru de numismatique et d’épigraphie, Marc François avoue qu’un projet d’article sur Robache le tente depuis longtemps, mais il ne veut s’embarquer sur ce poste qu’avec le soutien de René Ferry. Il accepte d’assumer la charge de secrétaire, responsable du bulletin à condition que le René Ferry occupe la présidence par intérim, puisque l’ancien président De la Comble est décédé. René Ferry promet de lui confier la maquette du bulletin décennale qu’il faut publier en 1924. Quelle réunion de relance et de passage de relais dans la paix du cimetière la tradition a laissée !

Le secrétaire Marc François consulte de façon méticuleuse et discrète, convoque séparément puis ensemble les anciens dirigeants et des nouvelles figures. Parmi elles, Georges Baumont, né en 1885, est un ancien combattant, sous-officier blessé et partiellement gazé lors des combats du Linge. Rescapé du front, il termine les deux dernières années de la guerre dans les bureaux administratifs à Saint-Dié. Il y croise souvent Marc François. Professeur de Lettres au collège Jules-Ferry, il a écrit d’excellents dossiers de documentation, il est un des rares historiens amateurs reconnus et un enseignant attentif à l’éveil des consciences. Soucieux de vulgarisation, il est devenu familier de nombreux supports, en particulier la presse locale et de petites revues. Grand lecteur de revues et de livres, n’illustre-t-il la génération intellectuelle rescapée de la guerre ? Le gentil professeur de lettres est appelé au bureau par le secrétaire et les anciens membres. Pourtant, les démarches prudentes du secrétaire et la constitution de la petite équipe impose des délais et reports imprévus. René Ferry, épuisé, meurt le 26 juillet 1924 à 79 ans. Il n’assiste ni à la réunion du nouveau comité en automne ni à la sortie du bulletin décennal en hiver. Pense-t-il ultima verba que la société a de minces chances de renaître à ce rythme ? A-t-il bien fait de placer toute sa confiance en Marc François ? Affreux doute des derniers instants !

Surprise, le succès du bulletin décennale est au rendez-vous. La première livraison est vite épuisée en 1925. Un bulletin lentement mûri suivant paraît en 1926. Puis le rythme de parution annuelle reprend. La vigueur collective est retrouvée malgré la faiblesse des effectifs. A côté des bulletins annuels paraissent ensuite des publications supplémentaires bien plus ciblées, le patois de la Haute-Meurthe de Eugène Mathis, les premières parties des Mémoires du doyen Riguet pour donner quelques exemples. Maints projets éditoriaux parallèles prévus sous la présidence de Georges Baumont restent lettre morte ou s’enlisent après 1932, par manque de fonds. Le trop fragile Georges Baumont est bien vite chahuté en 1933 par le virulent secrétaire du Groupe Artistique Vosgiens. Dans un climat d’instabilité politisée en sous-main, le président candide prône une défense solidaire en première ligne et encaisse mal les coups psychologiques assenés par un échange de trois lettres en cinq jours. Précisons que la Société Philomatique n’a jamais trempé dans la magouille artistique. Notons que l’auteur de l’article à l’origine de la polémique, Augustin Pierrot, et son commanditaire Charles Pecatte, conservateur du musée municipal, à qui s’adressait à juste titre le discours coléreux s’esquivent avec la malignité des manipulateurs. Mal à l’aise, Georges Baumont démissionne. La présidence est reprise in-extremis par Marc François, catastrophé devant ce gâchis humain et déjà en partie handicapé, mais il meurt un an plus tard des suites d’un accident le 20 février 1934, conscient qu’il aura échoué complètement à exécuter le vœu de René Ferry, c’est-à-dire à préserver une direction indépendante du pouvoir politique. La présidence est saisie par le secrétaire, Auguste Pierrot, bibliothécaire ambitieux  et complaisant que l’on peut décrire a posteriori en dévoué serviteur des intérêts de la mairie. Homme distingué d’aspect frêle, ce bibliothécaire est à la fois populiste et autoritaire, prêchant le simple, il démocratise l’entrée dans la société tout en restreignant l’accès à un comité et à un bureau de plus en plus élitiste. Faisant face à la pénurie financière, il préserve le nombre global d’adhésion en baissant la cotisation et  place ipso facto la société sous tutelle politique pour pérenniser son mandat. Auguste Pierrot a imposé une ambiance élitiste et feutrée en renforçant les protocoles des réunions. Le placide et généreux Georges Baumont s’accommode de cette perte d’indépendance et accomplit une gigantesque œuvre de mise en valeur par fiches et catalogues des collections de la Bibliothèque, dirigé par celui qui demeura son ami. Gardera-t-il rancune à d’autres membres du bureau, qui n’avaient strictement rien fait ?

Conséquence d’une dictature culturelle, les bulletins sont de plus en plus maigres, et parfois ne sont que le reflet des vieux travaux folkloriques du président-bibliothécaire ou accueille un texte estampillé du sceau du pouvoir ou reflétant les belles relations parisiennes. Les mondanités insouciantes et la fréquentation des salons élégants égaient le labeur du cercle supérieur et dirigeants. Cet aéropage flatteur aime à cultiver le prestige de la vénérable Société et à se congratuler à l’occasion de fêtes où le bon peuple est conviée. Le franc-parler a disparu, la recherche est moribonde. Le président bibliothécaire sait aussi plaire au beau monde affiche une parfaite symbiose avec la municipalité à l’occasion du voyage en Amérique en 1939. Une nouvelle épreuve attend la Société Philomatique Vosgienne avec la seconde guerre mondiale. Les destructions massives de l’automne 1944 ont dévasté la Ville, une grande partie du secteur rive gauche, où se trouve la bibliothèque est miraculeusement épargnée. Le musée municipal est gravement endommagé, autant victime de pillage que des ravages des bombes ou de l’incendie provoqué. Le patrimoine paie un lourd tribut aux destructions intéressées de certains grands propriétaires pour toucher les subsides de Reconstruction, sans oublier les pillages crapuleux ou éhontés. Une image totalement fausse et saisissante a été proposée : Auguste Pierrot en vieillard solitaire, fidèle à ses livres, parfois ensevelis sous des monceaux de ruines et protégés des infiltrations d’eau par des bâches de fortune, s’est réfugié dans sa tour bibliothèque. Il s’acharne à pérenniser l’existence de la Société confondue momentanément avec celle de la Bibliothèque. Préférons une autre image plus sincère du renouveau qui est fruit de l’initiative privée dans le règne du mensonge et de la corruption généralisée. Le dévoué Pierre Evrat parcoure les rues et essaie de protéger le patrimoine de la ville détruite en ranimant le sens collectif des rares gens consciencieux : « Prenez ceci chez vous et vous ne le rendrez qu’en des temps meilleurs au nouveau musée ». La reconstruction et l’effacement des séquelles humaines et patrimoniales a pris plusieurs décennies, ainsi la montagne vosgienne accuse un retard économique conséquent, une perte de confiance intellectuelle et un déficit culturel qui la rendent très vulnérable à toute forme d’arrivisme, de démagogie et d’abus de confiance minables pour longtemps.

La reprise indépendante est lente et l’industriel Pierre Evrat entreprend avec foi la reconstitution successive des musées. Les premiers résultats amènent beaucoup de collectionneurs à connaître la Société et ses activités muséographiques. Il faut toute la conviction et l'opiniâtreté de chercheurs indépendants pour que la Société reparte de manière réellement autonome, édite un maigre bulletin annuel en situation de pénurie de papier et s’applique à recréer les musées disparus. L’effort muséographique est primordial sous la présidence de Henri Grandblaise. Désormais règne le temps des collectionneurs qui n’ont peu de connaissance de l’activité concrète des premières décennies. Ils préservent surtout l’image de prestige collective et conservatrice de haut standing, donnant raison au clivage instaurée par Augustin Pierrot. Le petite société savante a pourtant besoin de l’apport de vrais chercheurs. Les frictions cachées entre tenants de l’ouverture généreuse, incarnée de manière bien trop feutrée par Georges Baumont et l’individualisme d’une prétendue élite provinciale, initiée et privilégiée, rende la société ingouvernable. Au fil des années, le bulletin s'étoffe peu à peu, de nouvelles recherches sont entreprises. Des notices généalogiques s’accumulent sous la plume de Georges Marande qui consulte, souvent en solitaire, d’abondantes archives. Une préoccupation archéologique que le courageux Pierre Evrat n’avait cessé d’encourager sur le terrain dès les années trente – et surtout après 1944 pour la sauvegarde des vieilles pierres de la Saint-Dié détruite - se développe avec la jeune génération, en particulier autour du couple Georges et Marcelle Tronquart. Les statuts sont revus en 1962, avec une mise en conformité avec la loi de 1901 car plus personne ne prend le temps d’analyser avec discernement les archives. La présidence de Marie-Rose Blech en 1963 puis de Georges Trimouille en 1967 impose un retour salutaire à l’équilibre entre l’activité de recherche et de collectes : la défense du patrimoine, puis l’archéologie deviennent les points de ralliement nécessaires, quelque soit le maintien d’un protocole raffiné ou la quête d’une efficacité de terrain. Ainsi, le bouillonnement maîtrisé, s’accroît une activité indépendante et des partenariats bénéfiques avec les institutions.

Fin 1977, à la mort de Georges Trimouille, une direction de fonctionnaires culturels parvient aux manettes de l’association. Elle l’englobe dans l’ambitieux développement culturel de la Ville, dont le promoteur avait été quelques années auparavant, le bibliothècaire Albert Ronsin, en charge des musées et des relations philomates avec la Ville. La construction d’un vaste bâtiment a permis l’extension de la bibliothèque à l’emplacement de l’ancien palais épiscopal, près de la cathédrale et la création d’un grand musée municipal, justifiée a minima habilement par l’absorption des ressources collectées depuis vingt années par la société savante. La nouvelle entité municipale subit de plein fouet la crise économique qui accroît le surcoût de l’investissement et la lourdeur des charges en personnel. Le bibliothécaire-conservateur Albert Ronsin, homme fort de la culture déodatienne, s’impose à la présidence de la Société [7]. Les membres philomates actifs sont associés étroitement aux réalisations en cours et priés de participer bénévolement à la programmation et l’animation. Mais les commissions couchées sur le papier tardent à voir le jour ce qui a pour conséquence la création autoritaire de nombreuses autres associations. En particulier, la Société des Amis de la Bibliothèque et du Musée, nouvelle association, reprend à son compte certaines missions de liaisons. La Société Philomatique Vosgienne voit durant presque deux décennies, pour le meilleur et le pire, son existence liée de très près à celle de la Bibliothèque et du Musée de Saint-Dié.

Dépouillée d’une moitié de ses fins statutaires, soumise à un exécutif autoritaire, la société savante en sort amoindrie. Elle n’a désormais plus d’activité muséographique autonome. L’essentiel des fonctions au sein de la nouvelle entité est accomplie par un personnel rémunéré au statut fonctionnaire. Certains employés se demandent pourquoi la Société, doublon vieillot et bénévole, existe encore ! La Société Philomatique Vosgienne n’a pas été municipalisée car le président, perspicace, souhaite préserver son indépendance et redresser la qualité de la recherche qu’il estimait localement moribonde. Il espère attirer de manière libre de nouveaux chercheurs ou enquêteurs bénévoles. Secrétaire de la Société pendant trois années et demie après 1962, le jeune bibliophile, récemment nommé bibliothécaire à Saint-Dié, avait pu constaté les tâches  harassantes qu’accomplissaient bénévolement les rares membres actifs pour le bien commun. Un premier cataclysme, l’interdiction étatique de fouille et de prospection archéologique au milieu des années 1980, ébranle sur le long terme la partie la plus saine de l’association vieillissante. La dévaluation rapide du crédit accordée aux sociétés savantes dans les années 1990 hâtent le désengagement de fonctionnaires du bureau alors que la vassalisation municipale s’accroît sans contrepartie. Le président-conservateur retraité, constate lucidement  la déclin de la Société : les manettes ne fonctionnent plus. Quel intérêt à rester simple marionnette dans des mains politiques ? Il laisse une génération plus jeune briguer la présidence. Souhaitant conserver une hégémonie sur la culture à titre personnel, il saisit opportunément auprès du pouvoir politique la place de conseiller culturel.

Damien Parmentier, directeur de l’école de commerce de Saint-Dié et historien médiéviste, est élu président en 1995. Auparavant secrétaire, ce jeune trentenaire avait activé la circulation des informations entre membres, dispersés géographiquement, en créant la Lettre du Bulletin. Premier acte d’indépendance : il refuse toute allégeance à l’ancien président à titre privé et à la mairie en nom collectif. Second acte : il restaure efficacement une prise de décision collégiale et relance rencontres et sorties sur le terrain. Redevenue indépendante, la Société bénéficie momentanément de l’usage d’un local vacant au dessus de la bibliothèque. Ce logement avait abrité les appartements officiels de l’ancien bibliothécaire et conservateur. La Société ne doit plus compter que sur elle-même et ensuite essayer de construire des partenariats cohérents. Dans un climat de plus en plus hostile, elle entreprend un inventaire délicat de ses biens matériels dispersés dans les nouvelles institutions municipales désormais à directions séparées que sont la Médiathèque regroupant l’ancienne Bibliothèque centrale et ses annexes, le Musée. Elle a ainsi rassemblé l’essentiel de ses publications invendues, mais ne peut réaliser un bilan exhaustif de ses possessions muséographiques. La lettre de liaison qui paraît régulièrement depuis plusieurs années assure les échanges entre membres, des bulletins à thèmes sont proposés désormais ce qui permet de voir le nombre d'adhérents progresser et fluctuer très fortement, dépassant parfois les 400. Une écriture complète de la géographie et de l’histoire du Val de Saint-Dié, projet de longue haleine, est envisagée.

La lente mutation vers l’état privé de société savante se poursuit avec Pierre Colin, professeur de mathématiques et linguiste dialectophone, généalogiste chevronné habitant Coinches. Ce secrétaire de l’association prend inopinément la succession de Damien Parmentier, nommé après candidature en 1998 au poste de directeur du Parc des Ballons à Munster. Une réflexion sur les statuts de la Société à dépoussiérer et sur le mode concret de fonctionnement associatif à long terme conduit à élaborer les mesures nécessaires pour garder une vitalité minimale : minimisation systématique des coûts sur les postes budgétaires importants, en particulier l’édition d’ouvrages, la création de groupes de travail libres pour les chercheurs, le renforcement de partenariats ou la création de liens avec d'autres associations qui répondent aux mêmes buts. Le choix d’une revue semestrielle de format A4, au contenu plus ciblé, plus exigeante en labeur collectif, mais aussi moins onéreuse, est décidé pour le nouveau millénaire en remplacement de l’onéreux bulletin annuel, chers au vieux cœur philomate, qui devient pluriannuel. La cotisation liée au bulletin jusqu'alors, devient annuelle. Revues, ouvrages et bulletins deviennent le reflet d'un travail d’une petite équipe rédactionnelle, avec des enquêtes inédites et des études sur des archives de première main. Le nouveau comité de rédaction, placé sous la responsabilité de Jean-Claude Diedler, exigeant historien des mentalités et professeur à Bruyères, a décidé du format, de la maquette et de la dénomination « Mémoire des Vosges Histoire Société Coutumes ». Des publications parallèles des commissions les plus actives sont prévues pour accompagner sa parution à partir du deuxième semestre 2000.

L'informatisation commencée en 1992 dans une salle du Musée se poursuit. Nous saisissons l'occasion de pouvoir créer une maquette Internet pour présenter notre association grâce à l'aimable proposition que nous a faite l'Institut Universitaire de Technologie de Saint-Dié en 1999. Il reste à améliorer le parc informatique personnel et collectif afin de prendre en main notre développement dans l’édition. « Nous avons retrouvé l'esprit de l'équipe fondatrice dont l'objectif était de publier la somme des travaux d'un groupe de chercheurs. Nous pouvons disposer de plus d'un matériel haut de gamme et utiliser les ressources de notre réseau de chercheurs. Plusieurs milliers de pièces d'archives nous attendent. Des observations, de nouvelles expérimentations et des applications judicieuses déboucheront sur des résultats prometteurs. Si nous savons gouverner, il y a encore de nombreuses découvertes en perspective dans les domaines les plus variés et du travail pour de très nombreuses années », concluait le président du nouveau millénaire, Pierre Colin. Eh oui, bien d’autres choses ont été accomplies depuis son propos pertinent, vous pourrez le constater !



(Texte initial de P. Colin en  1999, refondu et complété par H. Antoine en 2007)

 

[1] La SEV est une victime qui n’a rien fait. Nous la savons nullement coupable, elle a perdu elle-aussi en département du savoir sinistré un arrondissement.  C’est pourquoi par compassion ou affection, nous la dénommons « grande sœur d’Epinal » depuis la Belle Epoque réconciliatrice.

[2] Le mot philomatique est un néologisme français de la fin du dix-huitième siècle. Le double étymon grecque philo matikwz  signifie « celui qui aime l’enquête (au sens historique ou scientifique) ». Le sens d’histoire provient du latin médiéval et la science historique émerge au dix-septième siècle avec les autres sciences naturelles. Le savant chimiste Lavoisier faisait partie de la Société Philomatique de Paris. Cette dernière rassemble toujours des scientifiques prestigieux, mais n’a jamais eu de lien autre qu’étymologique avec notre Société.

[3] La population de Saint-Dié (environ 21 000 habitants en 2007) est actuellement en fort déclin depuis quelques années (- 1800 personnes ) : elle n’a dépassé 25 000 habitants que pendant une courte période au début des années 1970. La croissance autour des années 1880 paraît à retardement, une conséquence de la difficile adaptation après l’arrivée de la ligne de chemin de fer venant de Lunéville en 1863. Une conscience généralisée de l’énorme retard économique, exacerbée par la résilience face aux humiliations de la guerre et de l’occupation semble expliquer le surprenant effort collectif.

[4] La lune de miel avec le pouvoir n’a pas duré lorsque le franc-parler philomate s’est fait entendre. Parler vrai en science est grande vertu, mais érige un péril fort inutile en diplomatie ou en politique. Le « coup de gueule » de l’hygiéniste Bardy  a eu l’ambition de dénoncer la recrudescence de pratiques intolérables, supportées presque passivement par la population déboussolée, sans oublier les malversations d’argent  les pplus odieuses. C’était sans doute le rôle des dirigeants politiques ou des fonctionnaires de police et de justice d’enrayer ces abus, mais ceux-ci « quand même payés pour ça » se sont montrés bien ignorants, aveugles ou lents à l’action en 1880 ! La République n’a pas besoin de savants ! Il est étonnant que Bardy malgré ses brillants coups d'éclats ait pu garder de bonnes relations avec le ministère des Beaux-Arts dans les années qui suivirent. Il était homme de plume fondateur de la Gazette Vosgienne et journaliste incontournable de l'arrondissement de Saint-Dié, cela aide bien à surmonter les désagréments locaux.

[5] Le milieu industriel à l’écoute de la science trouve à juste titre merveilleux la multiplication de ces cénacles bénévoles et généreux. Au pire, un ancêtre des sections d’affaires des bibliothèque britanniques (Business user’s service) peut être consulté avec intérêt. L’esprit simple d’ouverture sociale, le respect propre à la vieille éducation française et la tendresse bonne-enfant des premiers philomates plaisent particulièrement aux membres des communautés religieuses, qu’elles soient catholiques, juives ou protestantes. D’un point de vue musical, Ravel aurait pu être notre compositeur fétiche !
 
[6] Gaston Save, artiste, ami du président Bardy, n’hésite pas à embellir la réalité avec sa plume comme avec son pinceau ! Historien et documentaliste rigoureux , Georges Baumont relisant les écrits de l’artiste lâchait parfois son argot des tranchées « ce n’sont que des c. »
 
[7] Albert Ronsin a été élu président de la Société Philomatique Vosgienne pendant 17 années de décembre 1977 à janvier 1995. Reprenant le flambeau philomate sur l'arrondissement, il a oeuvré avec assiduité à la défense du patrimoine. Depuis sa nomination de bibliothécaire par la municipalité de Saint-Dié, ce bourguignon d’adoption, né à Blois en 1925, qui a vécu son enfance près de Dijon, est resté un membre assidu de notre Société. En particulier, initié en 1961 à nos activités par l'ancien bibliothécaire Georges Baumont, historien local auquel il voua une grande admiration, ce bibliophile érudit, spécialiste de l'imprimerie en Lorraine, a été admis au conseil d'administration le 26 mars 1961 en compagnie de Georges Trimouille et Jean Weiss. Il y est resté constamment, en y exerçant souvent des fonctions techniques auprès du bureau pendant de longues périodes, jusqu'à sa disparition par arrêt cardiaque le 3 juillet 2007. Albert Ronsin a été secrétaire du 23 octobre 1962 au 22 mars 1966 pendant la présidence de Marie-Rose Blech. Il fut remplacé par Jean-Louis Mongel et devint sous-secrétaire. Le 2 décembre 1966, il rejoignait à la vice-présidence Georges Marande et exerça conjointement avec ce dernier, un véritable ministère des relations extérieures au profit du comité, en multipliant les sorties de représentations, les conférences et interventions pour faire connaître et promouvoir les activités de la Société. Faisant connaître inlassablement les fouilles du camp de la Bure, il fut aussi chargé du musée de la Société et des relations avec la Ville de Saint-Dié. L'historien du livre fut élu quelques mois après la disparition du président Georges Trimouille le 6 décembre 1977 et laissa son siège à Damien Parmentier à l'occasion de l'Assemblée Générale de janvier 1995, ne souhaitant plus se représenter. Il est redevenu ensuite vice-président jusqu'au 22 janvier 2000. Il quitta à cette date le bureau en désaccord avec les mutations éditoriales, mais c'était pour reprendre, réconcilié, une vice-présidence en 2004. Il est ainsi devenu président émérite avec Pierre Colin le 14 janvier 2006.