CULTURES ET TECHNIQUE
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Voici un aperçu de la commission qui s'applique
à l'étude des recoupements et inclusions, pour autant qu'ils soient
observés en conscience, entre les cultures et les techniques. Quelques
thèmes ont pu être extraits et, peu ou prou au fil des années,
présentés oralement ou succinctement abordés dans les
écrits philomates. Il reste encore bien du labeur pour définir ses champs
d'études.
2007
Force, déplacement de matière
ou train d'ondes : Conceptions de l'énergie et lois du mouvement
Ce que le physicien d'aujourd'hui appelle le travail mécanique a
été compris en pratique très tôt par l'homme. Les
penseurs de l'Antiquité ont séparé
l'energeia ou force en action par opposition à la
dunamis ou force en puissance. Mais les plus illustres savants se sont
fourvoyés, notamment Aristote, sur la description du mouvement, en particulier la
simple vitesse de déplacement. Ce n'est qu'au début des Temps modernes
que le vieil italien Galileo Galilei, expérimentateur méticuleux qui
souhaitait écrire les lois de la nature en langage mathématique, a
proposé une meilleure description du mouvement après 1630. Un
demi-siècle plus tard, la mathématisation du mouvement ayant
progressé, l'anglais Isaac Newton, physicien et mathématicien mystique, a
offert un modèle du cosmos à partir de lois impliquant des forces de
gravitation instantannées, engendrées par la matière inerte
évoluant dans l'espace avec le temps. L'intérêt pour les
machines thermiques a permis de définir après les années 1840 le
concept scientifique d'énergie, d'explorer la variété de ses
formes et sa loi de conservation. L'expérimentateur amateur britannique James
Prescott Joule montra en particulier l'équivalence entre le travail
(énergie mécanique) et la chaleur (énergie thermique). Les
études sur le mouvement de la lumière dans l'espace, en l'occurrence sa
vitesse constante c, amenèrent Albert Einstein à reformuler par souci de
cohérence les lois de la physique, par exemple à relier la variation de
masse d'une particule de matière à l'énergie observable. Mais
que connaît le physicien du mouvement, le comprend-t-il seulement ?
Exposition du jouet-machine à vapeur de William Murdoch
(réplique du modèle 1784)
Projet d'une exposition d'une machine de
l'époque moderne, faisant le lien entre les moteurs hydrauliques et thermiques.
L'usage commun de la force hydraulique se généralisa dès les
mutations agraires du douzième siècle. Les machines thermiques
s'imposèrent au cours du dix-neuvième siècle.
2006
Amis de la recherche entre Vosges et
États-Unis.
Connaître les récentes évolutions de
la recherche américaine, et surtout le ralentissement des découvertes
scientifiques depuis 1970, mises à part les percées continuelles des
secteurs électroniques et les promesses des sciences de la vie, est un
préalable pour tous les membres de la Société Philomatique
Vosgienne. Les philomates, c'est-à-dire ceux qui aiment la recherche n'ignorent
nullement que l'anglais est plus que jamais la langue des sciences et l'énorme
effondrement relatif de la France depuis la fin de la première guerre mondiale. Nul
besoin de discours d'accueil à l'ambassadeur, de célébration
voyante d'amitié franco-américaine, de don municipal de tableau
idéalisant les inventeurs du terme géographique "america"
au musée smithsonien de peinture de Washington, d'achat de quelques bulletins anciens
par un représentant de la bibliothèque de l'Université
Columbia, de voyage soi-disant triomphal d'une délégation municipale et
mondaine à New-York en 1939, le simple échange du bulletin avec le
Smithsonian Statement by the Secretary atteste dès 1880 la continuité des
relations de la Société Philomatique Vosgienne avec le Smithsonian Institut
25 DC Washington (USA). Cette dernière institution, née d'un
legs anglais pour développer la recherche en 1836 a contribué à
fonder une grande partie des vastes musées de la capitale et a alimenté la
plus grande bibliothèque du monde, the Library of Congress. En fondant les
musées successifs de Saint-Dié, en cédant ses collections
à la bibliothèque municipale ou en développant la recherche dans
son arrondissement depuis 1875, la Société Philomatique Vosgienne
persévère modestement, suivant l'exemple prestigieux.
2005
Une histoire des communautés pour mieux
connaître les civilisations locales.
Les
communautés anciennes peuvent être modélisées en
réseaux humains d'échanges, d'associations et d'entraides. Elles
valorisent les Hommes par des fonctions reconnues et savent rassembler en dépit
d'intérêts divergents. Les grandes paroisses de la montagne qui regroupent
les vieilles communautés depuis le septième siècle ont
été souvent caractérisées par un apparent isolement.
Mais les faits prouvent que dès que des pouvoirs innovateurs apparaissent en un lieu,
leurs exemples collectifs sont vite suivis.
2004
Le schnack ou l'art du cher
modèle-réduit chez le charron.
Autres thèmes plus anciens, parfois repris :
Les anciennes techniques routières, corrélation entre
chemin viable et habitat en dur, l'histoire du chauffage et de l'habitat (maison,
poêle...), spectaculaire évolution des paysages agro-pastoraux, prairies
irriguées et pâturages, toponymie et finage, perception mythologique du
territoire, christianisation et mythologie guerrière au Vieux-Saint Dié,
vie des communautés anciennes, modalités de l'éclairage et
modes de vie ...
Le dernier texte d'une
petite trilogie sur le haut pays de la Grande et Petite Meurthe est en finition. Le tout sera mis
en ligne.
Enfin, le prochain thème de Mémoire
des Vosges H.S.C. porte sur les techniques et l'industrie. Merci pour vos suggestions ou
proposition d'articles.
Exemple de présentation
:
Une page
de maquette originale : Savoirs et techniques au début du siècle, aspects
d'ethnoscience : exposition virtuelle réalisée en 1999 à partir
de cinq clichés photographiques du fonds Blaire, 1910-1930.
- L'Homme
à la faux
- Economie de
l'homme des bois
- Femme qui
file
- Convivialité au soleil ?
- Où
est passé le sagard ?
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Savoirs et techniques au début du siècle,
aspects d'ethnoscience : exposition virtuelle réalisée en 1999
à partir des clichés photographiques du fonds Blaire,
1910-1930.
Hervé ANTOINE, CET / SPV
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L'Homme
à la faux
Souriant, l'homme
à la faux pose devant l’objectif du photographe. Assis sur le barreau d'une
échelle, il ne peut facilement, comme cela, "retaper" ou entretenir
la lame métallique. Cet outil en bois et en fer avec sa « pierre
à faux » gardée humide pour affiner le tranchant de la
lame est fondamental pour le cultivateur et l’éleveur montagnard. Sinon,
comment assurer la coupe quotidienne d'herbe verte à la bonne saison ou
réaliser la première étape de la fenaison qui permet
de remplir le gigantesque espace du fenil, entre étable, grange, logement et
toit ? Avec son petit marteau, l’opérateur tapote sur le plat
incurvé de la lame avec précision, de plus en plus près du
tranchant : par ce martelage minutieux, en prenant grand soin de ne pas
altérer la lame fine et coupante, chaque petite partie
élémentaire est durcie. Pour rebattre sa faux, il faut regarder
attentivement sa lame et suivre la courbure. Pour ce travail géométrique,
il faut s'asseoir sur un plan de sol ou mieux, sur un vieux cendrier ou toile de transport du
fourrage. L’explication la plus probable de la posture insolite est que
l’homme avec son couvre-chef et sa blouse de travail s’est placé
sur le barreau d’échelle à la bonne lumière de
photographie. Près des échelles et des appentis qu’il a
construits en bois, ne paraît-il pas en paisible et humble cultivateur qui sait
accomplir cette patiente tâche de maintenance du métal ? (Fonds Blaire,
1930)
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Economie de l'Homme des bois
Les hommes se hâtent, ils roulent les billes ou grumes sur un
lançoir aménagé pour les placer sur le petit chariot
à quatre roues et les fixer ensuite avec les chaînes ; pour tirer les
tronces, on se sert aussi d’un cheval qui va deux fois plus vite que la paire de
bœufs. Les bovins présentent deux échines et deux lignes de dos
assez irrégulières. Anomalie singulière, ils sont pourtant
d'une hauteur au garrot bien supérieure à ceux de la race vosgienne. Les
marchands de bœufs, hommes pressés, profitent du trafic d'animaux de trait
en provenance de tout l'Est de la France, activé par le réseau
ferroviaire

Les bœufs déjà
dressés sont débarqués de wagons à bestiaux
à la gare de La Neuveville (actuellement Raon l’Etape) et poursuivent au pas
vers Celles-sur-Plaine, ou ailleurs. Les marchands revendent à des prix attractifs ces
nouveaux-venus aux rudes voituriers des vallées forestières. Lesquels
voituriers leur imposent de lourds travaux tôt le matin et ne sont pas très
attentifs à leur nourriture. Si les bêtes ne meurent pas à la
tâche, on les revend, elles finissent tout de même à l'abattoir.
Faut savoir faire de l'argent ! Pour les authentiques montagnards qui observent cette
exploitation profitable, la paire de bœufs
ressemble à un couple d'âmes :
l'élève droitier qui apprend à tirer avec
générosité et le vieux gaucher peinard sont comme ses enfants.
Leurs bœufs portent un nom, obéissent à la voix,
reçoivent du fourrage à satiété. De même le
cheval a sa juste ration d'avoine pourtant plus coûteuse ! Mais les montagnards
paysans appartiennent déjà à une autre époque,
à une autre économie où les travaux des bois font partie d'un
renouveau du temps symbolique qui commence après la fête des Morts et finit
avant la montée rapide de la sève. (Fonds Blaire,
1930)
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Femme qui
file
Voilà
le personnage central des grandes veillées, encore appelées
loures. Ces rencontres sont ainsi dénommées, car elles
étaient organisées à la lueur des lampes à
huiles ! L’éclairage antique d’une maison rassemble des
groupes familiaux épars, parfois simplement de simples voisins du hameau. Ces
soirées appartiennent au vieux temps ritualisé qui débutaient
début novembre. Eclairées par une lumière fluette et
purificatrice, les femmes filent la laine ou le lin avec leur rouet, enroulent, cousent ou
coupent le fil avec les gestes des Parques ou des fées nordiques. Les hommes
présents à leurs côtés... après avoir
travaillé en granges ou affronté les bourrasques dans les hauts
bois, se réservent des activités
agréables, par exemple les jeux de cartes,
l'écoute attentive d’une histoire, d'un conte ou
fiaumes, le droit de faire des taquineries.... Conviviale ou laborieuse,
provocatrice ou sainte Nitouche, la gente féminine écoute, murmure,
s’indigne ou commente. Tout un cortège de rituels inscrits dans ce
calendrier d'hiver amorce l'inclusion des jeunes filles dans le monde des femmes pures,
symbolisées par sainte Catherine et sa roue. Facette ouvertement
dévoilée d’une quête plus mystérieuse,
d’essence divinatoire ou séductrice, l'accomplissement des rites de
purification religieux de l’Avent, c’est-à-dire
avant Noël, fête populaire par excellence... se clôt
avec les Bures et les cérémonies du dônage, annonciatrices de
mariages, de liaisons affectives ou de mise en ménages fictives ou réelles.
La roue a tourné et tourne encore près des sabots immobiles
...
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La vieille femme ressemble à un mannequin
décati à demi-aveugle qui cherche la lumière du
jour près d'un vieux tonneau sous l'entrée d'un misérable
hangar. La plaque photographique ne peut que proposer l’antithèse du
loure, faible illumination nocturne d’une petite
collectivité humaine ! L’image - maladroitement mise en
scène ? - illustre bien mieux la
précarité des vieilles personnes,
renforcée à l'époque par le déclassement
social parfois catastrophique à partir de 1878 des petits
cultivateurs de la montagne. L'ouvrier est l'homme nouveau, obéissant au
fier contremaître qui parle français dans les
fabriques. Les filles de la montagne ont une nette attirance pour l’ouvrier au revenu
fixe, qui garde un bien terrien de surcroît. Le modeste cultivateur avec sa faux, sa
charrue et son lopin de terre devient au fil des années un marginal dans les
vallées industrialisées, l'idiome maternel n'est bientôt
utilisé que pour les insultes ou les expressions qu'on ignore en français
local, langue véhiculaire des marchés lorrains
ou du monde militaire depuis le dix-huitième siècle. Seuls quelques isolats
patoisants subsistent dans leur pays vert : de vigoureux montagnards dialectophones
contemplent d'en haut « les pays noirs », comme ils les
dénomment par leurs surfaces noircies par le charbon. Mais ils savent qu'ils
continuent le mode de vie ancien grâce à leurs femmes : celles qui sont
restées auprès d’eux sont l'incarnation des fées,
celles qui mettent en relations intimes choses et êtres en appelant la naissance, la
vie... et la dernière lueur avant la mort. (Fonds Blaire,
1930)
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Convivialité au soleil
?
Au voisinage de la chaume du Capitaine, il y a
d'abord ceux qui ont été servis :
la vieille femme ridée et surtout la jeune coquette
jouent les dames assises. L’homme debout à
leurs côtés est-il un vieux galant
tenté par la boisson ? Ensuite la servante debout semble figée pour une
étrange parodie bourgeoise. Enfin, pour rendre attrayant
ce théâtre de plein-air où la verdure souffre des ardeurs du
soleil estival, un accordéoniste et un "bel cantor" en espadrille,
peut-être italiens, se détournent des premiers spectateurs pour mieux se
placer dans le champ de vision du photographe. C’est ce dernier et son appareil qui
attirent d'ailleurs tous les regards humains et imposent une immobilité provisoire.
En plein soleil, sur la table, trône un litron. Sous la table, un chien assoupi profite
de l'ombre. Des pins repiqués depuis une trentaine d'années
derrière une borne frontière qui n'a plus d'utilité,
l’ébauche d’un hangar dont la fine charpente en bois
n’est que partiellement mise en place sur un pan, près de la
maison à moitié enterrée soulignent l’arrêt
du temps. En pleine canicule s’inscrit sur la pellicule une imitation populaire d'une
scène touristique.

La vieille convivialité montagnarde est ailleurs,
elle se méfie du soleil, elle préfère les espaces de
pénombre : pièces basses et fraîches,
poêle-devant ou poêle-derrière
des maisons encore dénommé
pale ou à la belle saison,
d’autres endroits aérés et frais, couverts par une douce ombre,
près des enclos jardinés, sous les tonnelles, parfois sous quelques arbres
séculaires non loin des sources et des ruches ou aux abords des champs.
L’échange ne se conçoit pas sans rituel, y compris lors des
rencontres furtives sur les chemins : le marcheur le plus jeune salue en premier
l’aîné et, s’il capte l’attention,
lance un propos de circonstances. Ne pas saluer ou parfois
s’esquiver sans mot dire ou sourire, c’est commettre un acte de
dénigrement ou d’irrespect aux conséquences fâcheuses.
Le cultivateur arrête sa voiture de bois et laisse reposer ses bœufs en
allant dans les petits cabarets nombreux aux lisières des forêts. Lorsque
l’éleveur se rend à pied au marché ou en course, il
fréquente des estaminets peu accessibles au bout de
passées urbaines. Des couloirs étroits débouchent sur des lieux
de convivialité connus d’habitués, inconnus des
visiteurs de passage huppés. Le maître de la
mohon, c’est à dire de sa demeure hèle
facilement l’enfant qui passe afin de l’envoyer quérir un objet ou
mander un service. L’adulte peut lui livrer un message destiné à
un autre adulte. A l’occasion d’une visite imprévue en semaine,
que de prise de précautions et de réponses niant le dérangement
avant de s’installer à table boire un verre ! Pour une invitation
dans sa maison, que d’infinies précautions rituelles : le respect
des statuts de préséance et la formulation d’invitation digne
d’une étiquette rigoureuse. Le simple "Dis-lui qu’il
vienne boire un canon quand les ouvrages seront terminés"
nécessite d’extraordinaires précautions oratoires pour
ne pas vexer et parfois des tours de passe-passe dignes de la haute diplomatie ! C’est
dire si saouleries ou débauches programmées sont quasi-inexistantes alors
qu’à l’improviste, cachées entre chien et loup,
c’est une tout autre histoire... Par miracle, la participation à
égalité à un long labeur commun ouvre momentanément
toutes les portes du partage et efface la plupart du protocole contraignant. A l'instar de sa
culture totalement méconnue aujourd’hui, la convivialité du
montagnard était celle d’un pays rude, à la fois impassiblement
chtonienne et céleste. Elle est surtout colorée par la
piété baroque des femmes et la joie des angelots enfantins jouant les
messagers. L'impression de la pellicule photographique est trompeuse car elle
nécessite, ici comme ailleurs, trop de
lumière. Laissons le ciel glorieux s’illuminer des âmes errantes
montant au paradis, restons dans la pénombre et servons-nous nous-même avec
parcimonie ! (Fonds Blaire,
1930)
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Où est passé le sagard
?
L'équipement industriel est apparu très vite
dans les grandes scieries : ici à Saint-Dié une déligneuse
électrique de la scierie Rielle qui produit en 1910 des
tasseaux. Mais, dans l’ensemble des métiers du bois,
les mutations lentes prévalent, les techniques modernes apparaissent
progressivement. Les vocables d’autrefois, plus
précis, demeurent. Le sagard est un "scieur,
responsable d’une scie" : il n'était qu'un modeste
tenancier pour le compte d’un propriétaire.
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Cet ouvrier traditionnel s'acharne à débiter
à façon le nombre de planches demandé et entretient son
haut-fer, mu par un mécanisme hydraulique. L’industrie à capitaux
lourds basée sur l'emploi du charbon, l’essor du textile et des techniques
mécaniques a porté la croissance
économique jusqu’en 1873. Puis les premiers procédés
scientifiques, parmi lesquels l’utilisation industrielle de
l’électricité, ont pris le relais pendant les convulsions
économiques récurrentes à la fin du siècle. Les
montagnards ont assisté aux environs de 1850 à la naissance de multiples
activités industrielles et l’élargissement des zones noires,
desservie par une ligne de chemin de fer, c’est à dire tardivement
après 1863 à Saint-Dié, s'est poursuivi même
après la Grande Guerre à d'autres vallées
épargnées avec - il est vrai - un esprit de conquête bien
moindre. Il est entre temps devenu facile de dénigrer l'économie
traditionnelle, cette économie à hiérarchie sociale
archaïque avec sa croissance lente, besogneuse. Un peu à
l’écart, les pays verts qui parvenaient à préserver
leur population ont continué un développement modeste et sans tapage, ici
en adoptant une turbine, là un procédé ingénieux pour
rentrer le fourrage, et presque partout l’électricité
après les années vingt. N'est-ce pas la plus modeste agriculture qui
apporte veaux, bœufs, volailles, fruits et légumes sur les
marchés des petits centres industriels du début du siècle. Les
services multiples et intégrés de cette
économie nullement autarcique, valorisant l’échange à
chaque étape, les boutiques des épiciers, bouchers, merciers, les ateliers
de tisserand, du forgeron et du charron, des cordonniers ou des tailleurs ne sont
minuscules qu’à l’aune des grands magasins et des
usines. La préservation astucieuse des façons traditionnelles
après leur adaptation pertinente permet souvent la continuité
d’activités, en attendant l'adoption d’autres technologies
qualitativement complexes. Dès la fin des années cinquante, en pleine
mutation pour imposer le machinisme agricole et viabiliser les zones
d’aménagement, il fallait faire disparaître ces résidus
montagnards archaïques - dixit un jeune ministre, administrateur technocrate.
Après une dévalorisation tous azimuts du savoir-faire muets des anciens,
suivie par une cassure pernicieuse de la tradition familiale où le rôle
féminin est considérable, la rupture de l'équilibre
réjouissait les impétrants des idéologies nationalistes ou
socialistes. L’effet souhaité était la conquête
d’un monopole sous une forme uniformisée de capital, peu importait le
coût. Dans la montagne, appauvrie et dépeuplée par les guerres,
puis par la dérégulation des périodes consécutives,
l’effet larvé a provoqué un gâchis immense tout autant
moral qu'économique. Personne ne s’en est
soucié sur le long terme. A la mécanisation a succédé
l'intensification ou l’abandon agricole des années 1980. Au retrait
mono-industriel, le chaos impuissant ou l’assistanat organisé, qui a nourri
un personnel politique et syndical nullement vertueux, profitant à la premier place de
la générosité des plans de l’Etat ! A
l’effondrement progressif de la conscience communautaire et religieuse, un
individualisme pris au mieux comme refuge, devenant au pire mépris hautain et
opportunisme chez les plus chanceux ! Pris de court par le tourbillon du
déclin qui s’accélèrent, les élites
administratives et politiques se soucient du maintien des grands services collectifs, de
préférence au frais de l’Etat, mais aussi de
rénovation de paysages – à grand frais
d’études pseudo-scientifiques - et de protection écologique des
espaces - nouvelle idéologie politique exaltant une ligne dirigiste et taxatrice -
alors que les rentrées fiscales proviennent évidemment des lieux
bâtis et des zones marchandes, où s’installent services ou
productions. A quand la prochaine tempête qui surpassera les sept années de
production forestière grevées par Lothar en
1999 ? A quand l’inondation catastrophique des grandes vallées, les
coulées engendrées par les pluies orageuses ou les glissements de terrains
meurtriers en vallées étroites ? Faut-il redouter la
canicule qui tarira les sources ou l’incendie qui dévastera les bois
jusqu’aux sommets ou s’attendre à un tremblement de terre de
surface alors qu’aucune norme n’est conseillée ? Je
termine là ma scie ou rengaine grinçante. L’esquisse
d’un déclin concrètement local mué en plaies
bibliques contraste avec la langue de serpent-bois suave, qui affiche et impose sur
place une unique et cruelle interprétation positive, mais mue aussitôt pour
quémander les subsides impérieux afin de régir la
contrée miséreuse, au plus grand profit caché de quelques
dominants cyniques. L’ancien sagard n’est plus là.
Lorsque l'électricité parvient dans les dernières
vallées encore non industrialisées au cours des années 1920,
chacun a trouvé son usage. Les bonnes fées de
l’au-delà délaissent les idéologies ! (Fonds Blaire, vers
1910)
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