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Lettre Philo N°17

La lettre philo n°17 est la dernière archivée dans la rubrique "nos actions", à la ligne Lettre nouvelle formule.

Un témoignage sur les inondations du 30 mai 2008

Comme annoncé dans la lettre n°17, en complément de l’article "de la légende à la réalité" voici un témoignage sur les inondations de Saint-Dié.

 

 

    Vendredi 30 mai 2008, vers 10h50 le groupe de paléographie philomate quitte les locaux associatifs rue de la Gare St-Dié. Mais la pluie qui redouble et l'orage violent (éclair à moins de 300 m) retient une partie du groupe. Causerie à l'abri près de l'entrée. Niveau d'eau car mauvaise évacuation. Une pluie intermittente et drue bat le flot de la rue de la Gare. Vers 11h00 petite accalmie , départ dispersé sous les gouttes en voiture : éclair, coupure de courant du secteur public dans la rue de la Gare. Plus d'éclairage. Les phares éclairent mal sous l'averse battante, mais le flash lumineux des éclairs ouvre le paysage urbain de la ville rive gauche. Quelques automobiles fuient. La chaussée est encore pratiquable en véhicule, mais coup de vent de plus en plus violent chargé de pluie faisant faire des embardées au pilote près des quais de la Meurthe. Lavage automatique gratuit ! 

Rive droite : rue du 10° BCP. Violence des précipitations et moins d'éclairs. L'automobiliste inquiet constate des problèmes d'écoulement d'eau. Une phase liquide s'accumule sur la chaussée heureusement bombée. Il roule lentement au milieu car il n'y a personne dans la rue ! L'eau latérale est déjà au-dessus des trotttoirs dès qu'on approche du lycée Jules Ferry (rue BCP parking des cars). Le vent violent qui s'engouffre créé des dentelles d'eau à hauteur d'homme. La rue Thurin est quasi-impraticable, un flux aqueux y dévalle. L'automobiliste accélère en se plaçant là où il semble y avoir le moins d'eau. Place de la Rochotte : Des flux d'eaux claires lavent la place soumise à de violents coup de vent. Rue de la Behouille : même spectacle, une pluie violente continue.

Ferme de la Behouille : le conducteur arrivé à bon port parque sa voiture en position surélevée, car la rue du Purgatoire est déjà une petite rivière. Irruption dans la vieille ferme où une personne un peu sourde ne se rend pas compte du déluge subit qui s'abat sur le flanc des collines de l'Ormont et sur la ville. Je l'invite à sortir. Mais la pluie est moins violente, une accalmie s'installe. La personne réveillée de sa torpeur télévisée constate seulement que la rue du Purgatoire est un flux d'eau continu. 11 h 20 : l'observateur rescapé du déluge urbain surveille le point bas de la rue de la Behouille (à l'angle entre la rue de la Behouille prolongée, de la rue de la Behouille et la rue du Purgatoire). L'eau rougie s'étend anormalement, animée par des ridules concentriques. Pressentiment d'anormalité. 11 h 25 : le temps de prendre un vêtement de pluie plus chaud, nouvelle sortie de l'observateur sous la pluie fine. Nappe d'eau s'accroît insensiblement et s'étend près du pont du Warcouhhé en contre-bas (en réalité une canalisation buse d'environ 40 cm de diamètre près du poste EDF). Longue observation : silence. Avant 11h  30 : soudain du pont surgit le flux du ruisseau comme un long serpent rouge sombre hérissé de flots en crête tumultueuse. Il fait quelques coudes hésitants et s'engouffre à travers le grillage sous la haie d'une propriété particulière (maison Huet).

L'observateur ne peut pas voir que le flux du ruisseau, à cause de la canalisation à moitié obstruée par des déchets agglomérés en périodes sèches, passe maintenant par la cour de la maison, contourne le plot EDF et coupe la route. Des débris de bois (palettes usagées et poutres pour renforcer les berges creusées, rondins empilés près des rives) ont déjà été emportés et se retrouveront près de l'entrée du lycée Jules Ferry. Tout s'enchaîne alors que l'observateur se croit seul en reculant au dessus du croisement. Cris aigus, ombres furtives une femme surprise s'enfuit, un sauveteur (en réalité le voisin de la dame alerté ) court avec des bottes... une maison est inondée. Les habitants des maisons riveraines parlent et s'entraident, mais l'observateur ne les voit pas toujours. Des lumières s'allument et les moins loquaces jettent un coup à leur propriété. Le quartier est réveillé. Afflux d'observateurs : commentaires et causeries devant l'eau rougie qui monte. Que d'impuissance humaine. Les gens en amont repartent.

L'observateur est à nouveau seul et se demande s'il pourra rentrer chez lui avec sa voiture de l'autre côté de la vallée, en Varcosée. Le flot du Warcouhhé est maximum. Moins de monde près de la grande flaque rougie qui se stabilise. Le bas de la rue de la Behouille, surtout des entrées de maisons, parking, abris et jardins privés, est inondée lentement par l'eau sale. Une voiture survient du côté de la rue d'Ormont. Le conducteur prudent semble s'engager. Avec de grands gestes, on lui fait comprendre qu'il rebrousse chemin et par geste devant ses phares il lui est indiqué que la rue est coupée par l'eau. Une voisine Mme Joray à l'angle de la rue de la Behouille prolongée affirme d'une voix émue que son parquet craque sous la pression de l'eau qui remonte. Elle évacue sa maison. Deuxième maison évacuée, les dégâts matériels semblent importants dans ces maisons de plain-pied, construites après 1990. Il semble que le flux du ruisseau a fait barrage et a permis la montée des eaux en amont détruisant notamment les jardins des riverains et permettant la remontée vers la maison Joray. 11 h 40 : Des jeunes gens essaient de patauger dans l'eau. Des voitures circulent dans le rue de la Behouille. Une voiture s'avance imprudemment, cale et s'enlise. La voiture inondée est délaissée, perdue.

Encore plus de monde afflue de l'amont pour constater les dégâts. Le bouche à oreille a fonctionné. On parle du tuyau sous le pont qui est obstrué, faute d'entretiens des services de la voirie. Toute l'hydraulique du quartier est déficiente. Toutes les bouches d'égouts des rues en amont se sont soulevées ou ont sauté à un moment ou un autre. L'ensemble des lotisssements au-dessus de la Behouille est inadapté à la survenue d'un court déluge. Ce fait oblige des riverains à procéder à d'astucieux aménagements individuels. Un particulier, adaptant une buse syphon, a ouvert son garage aux flots de l'ancien lit du ru asséché qui se reforme périodiquement à chaque grand orage ! Deux pompiers à pied, sans moyens et taciturnes, descendent la rue de la Behouille. Ils constatent apparemment les dégâts. Les lueurs d'un camion restent au loin. 11 h 45 : il ne pleut plus. La mare boueuse oscille d'une dizaine de mm, puis soudain le bouillement du Warcouhhé cesse. Le ruisseau a regagné son lit. Ce qui colmatait la buse d'évacuation près du pont s'est détaché (apparemment tout seul d'après enquête, mais on l'attribuera au Dieu des pompiers). Altercation avec les pompiers confondus avec l'autorité civile, les riverains reprochent le mauvais entretien du ruisseau. Les pompiers qui n'y sont pour rien s'effacent sans répondre aux questions des tourmentés. La mairie de Saint-Dié-des-Vosges - ses services techniques affairés dès le lendemain à remettre en état les routes salies ou dévastées ne s'occupent que des voies de circulations humaines - dénie d'ailleurs quelques jours plus tard toute responsabilité car l'entretien du ruisseau est sous la responsabilité des riverains. Les inondés paraîtront au fil du temps de justes victimes expiatoires ! Un seul riverain absent et silencieux est toutefois mis en cause dans la presse quotidienne, l'entreprise EDF, dont le plot d'installation proche du pont bouché a pourtant bien résisté au flot boueux qui l'a encerclé, puis contourné.

Vidange rapide de la grande flaque. Un automobiliste arrive au milieu d'un regroupement de personnes qui tend à s'éloigner désormais vers leurs foyers respectifs. Il veut gagner l'autre rive. L'observateur le rassure. Le passage dégagé des objets charriés est possible, à défaut d'être sale. L'automobiliste rassuré livre quelques renseignements sur l'aval : il y avait 40 cm d'eau à La Rochotte près du lycée et il l'a contourné. Inquiet, il veut rejoindre la côte de l'hôpital où sa jeune épouse lui a affirmé qu'une partie de sa maison était inondée ! La foule se disperse.

Samedi 31 mai 2008, minuit et demi passé : paysage surréaliste dans la rue de la Behouille. Des riverains, désormais chacun en solitaire devant chez eux, ballaient le pas de leurs portes et nettoient leurs entrées rougies et terreuses. Deux voitures de la Ville de Saint-Dié-des-Vosges passent, se suivant en moins de 1 minute. Une première voiture conduite par deux hommes inspecte en éclaireur les routes rougies par les dépôts. Une seconde conduite par une femme surveille avec lenteur les abords des maisons. Aucune des voitures officielles ne s'arrête, ni n'échange un mot avec les riverains s'activant à déblayer leur part de trottoir encombré. Quartier frais et boueux un soir de printemps !

Autres dégâts causés dans la petite vallée du Warcouhhé par un déluge d'eau qui n'a pas duré plus de 25 mn ! Destruction d'une dizaine de mètres de la route qui va vers la ferme du Bois Basselin (ancienne ferme Perrin, ajourd'hui résidence Aliamus sous le Préventorium). En contrebas, un flux d'eaux (?) torrentielles, bien plus conséquent en débit que le warcouhhé en période normale, venant de Dijon envahit le chemin du Bois Basselin au niveau du virage des Nossemais. Le flux plus réduit mais de la taille d'un petit ru sur la chaussée continue trois jours !

Il y a aussi en aval érosion de jardins et d'un soubassement de maison ! Ennoyade de la place de la Rochotte avec peut-être 1/2 m d'eau avec dégâts importants en contrebas, au sous-sol et rez-de-chaussée du lycée Jules Ferry. Les locaux de la chaudière changés après la dernière inondation il y moins d'un an ont pu bénéficier d'un pompage des eaux plus rapides. Les objets (rondins, poutres, palettes..), arrachés aux berges par le ruisseau du Warcouhhé se sont retrouvés sur le parking et à l'entrée des professeurs. Intervention des pompiers efficace. Les toitures de l'établissement malentretenues ont eu aussi une voie d'eau, amenant le déplacement temporaire d'archives et de livres de la bibliothèque à l'étage.

Fait particulier à retenir : La zone de la place du parking sous-terrain payant étant en contrebas de l'ensemble Grattain, lycée et zone du Breuil, rue des Jardins... aurait du être inondée. Ce n'est pas le cas. Car le groupe constructeur du parking a redessiné les canalisations du secteur en prévision de gros afflux d'eau ! Heureusement que l'orage était modeste par sa durée et les terres sèches, donc sans risques de glissements de terrains en amont et de constitutions de flux boueux meurtriers !